Caméras 360º, parcs éoliens et solaires, roadster électrique ou bien serious games... Autant de projets d'entreprises régionales qui se frottent au crowdfunding. Alors, qu'est-ce qui pousse les entrepreneurs nordistes à choisir ce type de financement ? Et comment l'envisagent-ils par rapport à un emprunt bancaire classique ?
Une alternative au financement bancaire
Pour beaucoup de dirigeants, ce mode de financement est sans conteste une alternative à un emprunt bancaire qui s'avère compliqué ou improbable. La société CS Consultance (CA : 110.000 €, 2 personnes), basée à Marcq-en-Baroeul, en est un parfait exemple : « Nous avons eu des problèmes de trésorerie et les banques ne sont pas prêteuses par les temps qui courent », déclare Christophe Simone, un dirigeant qui a levé 15.000 € en 4 jours sur la plate-forme Lendopolis, qui permet aux particuliers de prêter directement aux entreprises. « Nous avions un carnet de commandes et l'idée était de pouvoir passer le cap pour y répondre et d'embaucher un apprenti », ajoute-t-il. Le constat est similaire pour Damien Biro, dirigeant de l'entreprise calaisienne Pariss : « Nous ne sommes pas du tout un interlocuteur des banques car on sait qu'elles ne financent pas l'innovation ». La société s'apprête à commercialiser un roadster électrique (2016 pour le marché français) entièrement co-développé avec Bosch. Dans ce cadre, Damien Biro va lever, dès le mois de mai, 1 million d'euros sur la plate-forme smartangels.fr, qui permet à des investisseurs d'entrer au capital des entreprises. Dirigeant de Jean Bouteille, une jeune entreprise lilloise axée sur l'innovation frugale et qui propose en magasin des vracs liquides (huile, vinaigre et vin) avec un système de consignes, Gérard Bellet a levé en décembre dernier 21.000 € sur Kisskissbankbank. Il déclare sans hésiter : « Je suis encore un peu petit pour les banques. »
L'engouement pour un financement innovant
Si certains entrepreneurs se tournent bel et bien vers le crowdfunding à défaut d'être financés par une banque, c'est loin d'être l'unique motivation avancée. « On aurait pu lever des fonds auprès d'une banque, mais ça aurait été moins amusant », déclare en souriant Camille Courtin, chargée de la communication chez Innovent (CA 2014 : 16 M€), une société de développement de parcs éoliens et solaires en France et en Afrique, implantée à Villeneuve-d'Ascq. Financement innovant, le crowdfunding n'est pas sans susciter un certain engouement. « Lors de la construction de parcs éoliens, les gens nous demandaient pour participer financièrement au projet. Cela a été rendu possible par le crowdfunding », commente Camille Courtin. La société y a eu recours trois fois, via la plate-forme Lendosphère, dédiée aux projets de développement durable, pour des sommes de 40.000 € et deux fois 50.000 €. Des montants qui ont notamment permis de débloquer 40.000 € de fonds propres dans la société les éoliennes de Bignan et de mettre en place un VIE. Innovent est sur le point d'avoir recours une 4e fois au crowdfunding, avec un objectif de 80.000 €, pour un projet de parc éolien près de Montreuil-sur-Mer. Un montant qui interviendra cette fois en amont d'un financement bancaire : « Les 80.000 € permettront de financer les études de sol », indique Camille Courtin.
Un intérêt pas que financier
Parfois, l'argent n'est pas la principale motivation des crowdfunders. Certains voient par exemple dans ce mode de financement une action de communication grande portée. « C'est une manière de diffuser son information sur le net, les réseaux sociaux... La présentation de votre projet sur une plate-forme de crowdfunding, c'est comme un communiqué de presse que tout le monde partage », indique Gérard Bellet. Pour d'autres, le crowdfunding est surtout un bon moyen de tester un marché. C'est le point de vue de Richard Ollier, dirigeant de Giroptic, une start-up lilloise célèbre pour avoir levé 1,4 M€ sur Kickstarter, courant 2014. Un montant qui est resté record pendant plusieurs mois sur cette plate-forme américaine permettant aux inventeurs de financer leur projet sous forme de dons avec contrepartie matérielle, comme le produit fini. Dans le cas de Giroptic, il s'agissait d'une caméra 360º pour le grand public. « Quand on est une start-up, on a besoin d'une preuve de marché : soit on investit 50.000 € dans une boîte qui va remplir des questionnaires dans la rue, soit on les investit dans un prototype et on se lance dans le crowdfunding pour mesurer l'engouement. Si votre produit ne marche pas là, il ne fonctionnera pas non plus à la Fnac. »
Crowdfunding et banques : amis ou ennemis ?
Au final, faut-il vraiment opposer financement participatif et financement bancaire ? Rien n'est moins sûr. François Macé, président du comité des banques FBF (fédération bancaire française) du Nord - Pas-de-Calais, souligne que : « Il n'y a pas d'opposition financement participatif et financement bancaire : les deux peuvent même se compléter ». Il ajoute : « Le financement participatif va permettre d'apporter des fonds au démarrage du projet qui pourront être complétés dans l'exploitation de l'entreprise par du crédit de trésorerie et de l'investissement bancaire. » Il se pourrait donc que le crowdfunding ait un effet de levier auprès des banques. Pas d'hostilité donc, mais un appel de François Macé : « Ce qui manque, c'est la demande de la part de PME : nous invitons les entrepreneurs à venir nous voir pour leurs projets... »
152 millions d'euros ont été levés en France sur les plates-formes de crowdfunding en 2014, soit deux fois plus qu'en 2013. Avec une telle croissance exponentielle, le crowdfunding séduit de plus en plus d'entrepreneurs régionaux. Mais s'agit-il vraiment d'une alternative aux banques ?