Directeur général de la banque Palatine (groupe BPCE, 1.200 salariés, 300 millions d'euros de chiffre d'affaires), Pierre-Yves Dréan croit à l'évolution de la répartition entre les financements bancaires et les financements de marché pour les ETI et les PME. Un élément clef alors que les besoins de financements sont toujours importants en France.
Le Journal des Entreprises : Selon une récente enquête de Standard and Poor's, les ETI auront besoin de 800 milliards dans les cinq ans pour refinancer leurs dettes et se développer en France. Comment envisagez-vous le rôle des banques ?
Pierre-Yves Dréan : Il sera majeur. Les banques interviendront dans leur rôle classique de fournisseur de crédits mais aussi et surtout de conseil et d'apporteur de solutions auprès des chefs d'entreprises face à l'émergence et au foisonnement de solutions de financement des entreprises. En France, les banques financent 90 % des besoins des entreprises, contre 20 à 40 % aux États-Unis. L'évolution de la répartition entre les financements bancaires et les financements de marché est inéluctable. Même si la France n'arrivera sans doute pas au niveau des pays anglo-saxons. Ce mouvement s'appelle la « désintermédiation ». Notre rôle auprès des chefs d'entreprises est justement de l'accompagner.
Les banques ne sont donc pas amenées à devenir obsolètes pour le financement des ETI ?
P-Y.D. : J'espère bien qu'elles ne le sont pas ! Nous avons su prendre le virage du financement obligataire. Notre société d'Asset Management permet d'organiser des opérations entre ETI et investisseurs (instituts de prévoyance, caisses de retraite, etc). Dernièrement, nous avons par exemple mené une émission obligataire collective pour plusieurs ETI. Les banques de taille moyenne comme la nôtre ont la capacité à saisir ce type d'évolution de marché. D'ailleurs, sous réserve que les conditions de marché soient réunies, nous allons lancer, au premier trimestre 2015, un fonds obligataire pour des entreprises non cotées. C'est un vrai virage.
La réglementation Bâle III a freiné les conditions d'accès aux crédits pour les PME et les ETI. Est-ce toujours d'actualité ?
P-Y.D. : Non, pas en 2014, car les chefs d'entreprise n'investissent plus. Ils n'ont pas confiance... L'environnement n'est pas suffisamment stabilisé. Et, pour faire des financements, ce sont les banques qui courent après les investissements... Il y a un excès d'offre de crédits sur la demande. Pour l'ensemble du système bancaire, sur les crédits moyens et longs terme, le taux d'acceptation des dossiers présentés frôle aujourd'hui les 90 %. L'excédant de liquidités est partout, dans les banques, les fonds de private equity. Donc, à partir du moment où ils ont un projet solide, les chefs d'entreprises qui cherchent des financements peuvent les obtenir et à des conditions intéressantes... Bâle III, au moment où l'on se parle, n'est pas une contrainte. Si l'économie repartait, ce serait peut-être différent.
Entre entreprises et banquiers, le rapport de force a un peu changé, explique Pierre-Yves Dréan, directeur général de la Banque Palatine, spécialiste des ETI.