Face à la crise des ventes sur le marché automobile, la réponse française, qui s'est répandue jusqu'aux États-Unis, a pour nom: ?prime à la casse?. Sous couvert d'incitation à l'achat de voitures moins polluantes et de mise au rebut des voitures les plus anciennes et les plus polluantes, c'est un soutien financier énorme qui est apporté au premier employeur de France.
Concessions sous perfusion
Mais la prime à la casse, tout en mettant les réseaux de distribution «sous perfusion», avoue un directeur de concession, produit des dégâts collatéraux fort importants. Certes, 250.000 voitures ont été vendues grâce à cette incitation à fin août. Mais cela coûte cher à l'État: 390M€. Et au moins autant aux constructeurs, qui doublent pour la plupart la prime étatique. Le coût se révèle plus élevé encore pour les distributeurs: «Nous avons vendu 70% de petites voitures type Twingo, Clio, Modus», déclare Hervé Quinot, directeur de Renault à Auray. «Le prix moyen des voitures neuves vendues a baissé de 2.000€ entre2008 et2009 ! Nos marges étant très faibles sur ces modèles, la rentabilité de ma concession est passée de 1,2 à 0,5% entre juin2008 et juin2009. Mais certains collègues se portent moins bien». Franck Kermorvant, patron des concessions Volkswagen, Audi et Skoda de Vannes et Auray, recense lui aussi «un changement profond de la répartition des ventes, avec des volumes extraordinaires sur la VW Polo. Skoda fait son bonhomme de chemin avec des clients très fidèles. Audi est notre gros défi car l'ambiance fait que les chefs d'entreprises ne veulent pas trop changer de voiture...»
Recherche du prix
Il met aussi le doigt là où ça fait mal: «Le secteur de l'occasion s'avère problématique car les autos que nous avons à vendre sont trop récentes et concurrencées en terme de prix par les voitures neuves primées. Notre rentabilité est proche de zéro, mais nous avons de la trésorerie et de la visibilité. Il faut surtout ne pas déraper côté stocks. On avait déjà serré les boulons ici: pas de clim, pas de charges lourdes à part les loyers, qui représentent 2% du chiffre d'affaires sur Vannes et Auray». Autre effet de la crise, les clients changent: «Beaucoup de gens cherchent des voitures neuves à 10.000 ou 12.000€, mais nous n'avons pas ce genre de produits», révèle Roland Lorgeoux, responsable de Honda Vannes. «Et nous avons très peu de voitures d'occasion dans cette gamme de prix. À nous de démontrer à ces clients les avantages de nos modèles par rapport à la Twingo, par exemple. Mais nous sommes confrontés à un gros noyau de clients qui ne cherchent que le prix».
bara
Si le volume des ventes de voitures reste stable, on constate une forte diminution du prix moyen des voitures neuves et des marges. Le marché de l'occasion, lui, est sinistré.