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epuis plusieurs années, vous tirez la sonnette d'alarme. En 2012, où en est le commerce de centre-ville à Saint-Étienne? Si on regarde les chiffres d'affaires, ce n'est pas très bon. Mais ce n'est pas une question locale. La conjoncture n'est pas favorable avec, en plus, une météo qui n'est pas en rapport avec ce que les commerçants ont en rayon. À cela s'ajoutent les travaux du centre-ville qui ne sont pas tout à fait terminés. Les flux de consommateurs sont en chute depuis plusieurs années en centre-ville. La population de centre-ville s'est paupérisée. Le nombre de pas-de-porte à vendre est toujours aussi important. Ceci étant, je crois qu'on a touché le fond de la piscine et aujourd'hui, on sent que l'avenir sera sans doute meilleur.
Vous avez installé récemment Sephora et H & M, deux belles enseignes nationales. C'est un signe positif?
Oui, très clairement. Il y a trois ans, de telles enseignes ne seraient pas venues. Saint-Étienne était une ville maudite où les chaînes nationales, même populaires, ne réussissaient pas alors que leur cible était largement présente à Saint-Étienne. Aujourd'hui, on a le sentiment que les mentalités ont évolué. L'arrivée de H & M et Sephora ont eu un impact très positif sur la fréquentation du centre-ville. Les commerçants des rues alentour ont noté un trafic plus important. Sans compter que le segment situé entre ces deux commerces avait toujours été difficile à commercialiser. Aujourd'hui, il est demandé expressément par des enseignes qui veulent s'implanter ou déménager.
Quel est le problème, selon vous, qu'il faudrait régler en priorité?
Les enseignes ne viendront que s'il y a du flux en centre-ville. Il faut donc travailler à recréer ce flux. D'une part, en repeuplant le centre-ville avec des classes moyennes ou supérieures. Il faudrait aussi encourager l'installation de commerces alimentaires (boucheries, poissonneries...) qui sont des locomotives pour faire sortir les gens de chez eux. Pour ceux qui habitent à l'extérieur, il faut leur donner envie de venir. Beaucoup de Ligériens ont une mauvaise image du centre, ils ont l'impression qu'il est inaccessible. C'était vrai en 1998, ça ne l'est plus vraiment aujourd'hui. Il faut travailler absolument sur cette image.
Est-ce que la périphérie représente une grosse concurrence?
Bien entendu. Plusieurs enseignes ont émis le souhait de venir ici. Mais elles hésitent avec la périphérie. De gros projets ont été annoncés sur Monthieu, Auchan Villars, Centre- Deux et les Ursules. Cela représente un potentiel de 200 nouvelles boutiques, à des prix attractifs, dans des espaces spacieux. Si tous ces projets sortent, le centre-ville mourra probablement. Je ne sais pas si c'est grave, si l'avenir de la consommation est en centre-ville ou en périphérie, nous suivrons le mouvement. Par contre, je sais qu'aujourd'hui le marché de l'immobilier est complètement bloqué. Ces projets ont été annoncés depuis un certain temps mais n'avancent pas. Cela sclérose le marché. Tout le monde attend de voir... Et comme personne ne bouge, la situation a tendance à se dégrader.
INTERVIEW Michel Mérieux est spécialisé dans l'immobilier commercial. Il dresse un portrait mitigé du commerce du centre-ville stéphanois.