À la tête du laboratoire Pronutri, Amalric Veret le confie aisément : "Sans le dispositif RUE, nous n’aurions rien fait sur ces projets-là". RUE est l’acronyme de Rapprochement Université Entreprise, déployé depuis 2015 par l’association azuréenne Recherche et Avenir, pour faire bénéficier les entreprises des compétences et ressources des laboratoires. Quant aux "projets" en question, l’un vise à réduire des effets secondaires liés aux chimiothérapies, l’autre à ralentir l’avancée du PXE, le pseudoxanthome élastique, une maladie rare qui touche près de 3 000 personnes par an et entame l’espérance de vie.
Un premier accès aux laboratoires difficile
Pronutri (40 collaborateurs, CA : 7,5 M€) est spécialisé dans les compléments alimentaires mais pas n’importe lesquels : il est expert en oligo-métaux et dans la gestion d’information cellulaire. "Nous développons nos propres formules, précise Amalric Veret. On fabrique, conditionne et distribue. En fait, nous faisons des compléments alimentaires intelligents et nous voulions objectiver cette intelligence. Quoi de mieux pour cela que de s’adresser au milieu académique ?"
Aussitôt dit, aussitôt fait… et aussitôt recalé. Car sans contacts particuliers, le dirigeant est d’abord allé toquer aux portes de laboratoires, restées closes. "Nous étions confrontés à notre étiquetage "compléments alimentaires". Alors nous sommes allés vers des associations de médecins pour réaliser des études, des observations cliniques en cabinet de ville. Mais nous nous sommes confrontés à des problématiques administratives, réglementaires, ce qui nous a vite calmés."
Sortir les travaux académiques des tiroirs
Manquait la passerelle, l’interlocuteur idoine qui déverrouillerait la situation. Ce qui est précisément la mission de Recherche et Avenir, cofondée par Stéphanie Godier, astrophysicienne, qu’Amalric Veret va rencontrer par le biais de l’UPE06. C’est elle qui a identifié un scientifique, Laurent Counillon, aujourd’hui vice-président d’Université Côte d’Azur. "Il avait travaillé sur le cancer et sur ses effets secondaires, explique-t-elle. Mais ce projet était dormant alors quand on lui a expliqué les besoins de Pronutri, il a proposé sa collaboration et son travail. Nous aidons la recherche à sortir les résultats des tiroirs, des laboratoires."
Près de 50 000 euros d’investissement sur plus de 3 ans
Pronutri a été la première entreprise à bénéficier ainsi de son entremise. Mais aussi de son aide concrète car l’association gère également les démarches administratives et le recrutement du thésard. Une thésarde en l’occurrence que l’entreprise a accueillie pendant près de quatre ans. "Dans les programmes, il y a un temps d’allocation en laboratoire et un temps en entreprise, selon un calendrier défini à l’avance, précise Amalric Veret. Au départ du process, nous avons fait les présentations avec l’ensemble des collaborateurs et régulièrement, nous faisions de petits comptes rendus sur l’avancement du projet. Cela permet aussi de valoriser l’entreprise."
L’équipe de Recherche et Avenir (6 personnes qui gèrent une centaine de projets en cours) veille à ce que tout se déroule au mieux, de même qu’elle négocie la propriété intellectuelle, les chiffrages ou les coûts environnés. Une thèse coûte, pour près de trois ans de travail, près de 90 000 euros dont 42 000 pris en charge par l’État. Le reste revient à l’entreprise. "Il faut que l’entreprise soit prête à investir un petit peu, reprend Stéphanie Godier. C’est plus compliqué d’en trouver une qui soit candidate en partant d’un sujet. En ce moment, nous avons par exemple une demande sur les risques et l’utilisation des fréquences pour modéliser les vagues et prévenir le tsunami et nous ne trouvons pas d’entreprise."
Gagner "une aura d’efficacité"
Fort de sa première expérience, toujours en cours (la commercialisation devrait se faire d’ici un ou deux ans sur la réduction des effets liés aux chimiothérapies), Amalric Veret a quant à lui accepté la collaboration quand, à l’inverse, Recherche et Avenir est venu le chercher pour travailler sur le PXE.
Car au-delà de cette maladie génétique rare, l’enjeu pour le laboratoire azuréen s’inscrit sur le long terme : "si on est capable de montrer, encore une fois, notre savoir-faire dans la formulation, cela donne une vitrine à nos autres formulations, qui sont plus simples et plus douces, qui sont pour le sommeil, les problèmes respiratoires, la digestion, les problèmes circulatoires, l’immunité… L’objectif recherché est de sortir une aura d’efficacité et de sérieux pour les autres produits que nous développons et commercialisons."
Nouvelles collaborations en vue
Et ainsi de pouvoir accélérer sur l’ensemble de son expertise. Pronutri a par exemple réalisé des études cliniques sur l’endométriose. "Nous avons travaillé avec d’autres professeurs, d’autres CHU, raconte Amalric Veret. Et cela, nous avons pu le faire grâce à la courbe d’expérience acquise lors de ces différentes collaborations via le dispositif RUE, avec le CNRS et le CHU."
Un enthousiasme tel que le chef d’entreprise réfléchit déjà à d’autres collaborations avec l’association.