Lors de l'audience du 6 janvier 2025, le juge principal au tribunal de commerce de Toulon lâchait en conclusion : "Je crois que nous n'avons jamais vu ça en trente ans." Ce revirement de situation est celui opéré par l'entreprise Black-Line, passée de 300 000 euros de dettes à 400 000 euros de chiffre d'affaires (au 6 janvier 2025, NDLR), puis 695 000 euros de chiffre d'affaires pour 480 000 euros de résultat net au 31 mars, date de clôture des comptes. En juillet 2023, les fondateurs Rémi et Sylvain Garnerone prenaient la décision de placer leur société, fondée en 2017, en redressement judiciaire. "Malgré l’engouement initial, le QuickSett, un disque rotatif, breveté, permettant grâce à une télécommande Bluetooth, de verrouiller ou déverrouiller à distance la fixation d’un snowboard, n’a pas tenu ses promesses. Malgré le lancement d’un nouveau produit, une paire de skis à notre image, en 2022, nous n’avons pas réussi à nous faire une place face aux poids lourds du secteur."
Un redressement judiciaire qui semblait sans issue
Black-Line a accumulé 300 000 euros de dettes, des PGE (prêts garantis par l’État) et des prêts bancaires. "Nous prenons des mesures drastiques : nous quittons nos locaux, nous nous séparons de nos cinq salariés, poursuit Rémi Garnerone. Les juges du tribunal de commerce nous offrent une seconde chance." Un temps, les deux frères ont pensé à vendre leur savoir-faire, et ont enchaîné pendant six mois les rencontres avec de potentiels acquéreurs. "Aucune offre ne se révèle être à la hauteur de notre investissement", confie le dirigeant. Imaginant la fin de leur aventure proche, ils décident de laisser une trace : un documentaire en 6 épisodes retraçant les bons et mauvais moments de sept années d’entrepreneuriat.
Un documentaire avant le sursaut
Au même moment, l’envie de se battre reprend le dessus. Rémi Garnerone remet l’ouvrage sur le métier. "Je repars de zéro pour affranchir le QuickSett de l’électronique, devenu notre talon d’Achille, pour mettre au point une version 100 % mécanique", explique le dirigeant. En juin 2024, il a mis au point un prototype en état de marche. Un mois plus tard, lors d’une nouvelle audience devant le tribunal de commerce, les juges leur ont accordé six mois de plus. "Même si nous n’avions pas réalisé de nouvelles ventes, nous avons vendu notre nouveau produit aux juges ! Ils ont constaté le travail réalisé sans aucune dépense supplémentaire. Ils n’ont posé qu’une condition à notre poursuite d’activité : la vente de 500 produits d’ici à janvier 2025."
Un double miracle commercial
La version électronique du QuickSett s’était écoulée à 1 500 exemplaires en trois ans. Le challenge est donc pour le moins relevé. Rémi et Sylvain Garnerone se sont préparés tout l’été : le premier a achevé les moules industriels en septembre 2024, le second a peaufiné la campagne de prévente, un exercice auquel ils sont rodés. Néanmoins, cette fois-ci, ils ont décidé de s’appuyer sur leur unique site web et leur communauté : 35 000 abonnés, 15 000 mails clients. "À l’automne 2024, en 48 heures, nous bouclons 500 ventes. Un miracle !", selon Rémi Garnerone. Mais un autre miracle s’est également produit. En provenance des États-Unis, un marché sur lequel Black-Line n’avait pourtant jamais réussi à percer. "Grâce au relais d’un youtubeur américain de notre vidéo de prévente, nous accrochons les consommateurs outre-Atlantique. Avec une enveloppe de 30 000 à 40 000 euros provenant des ventes, nous lançons la production de 5 000 QuickSett." Le pari est une nouvelle fois osé. La production a été réceptionnée pendant les vacances de Noël 2024. En quelques semaines, les deux frères ont monté les 5 000 pièces. Le 6 janvier, "lorsque nous arrivons devant les juges du tribunal de commerce, nous avons réalisé 3 000 ventes, nous sommes sauvés !", se réjouit Rémi Garnerone. Dans les semaines qui suivent, les 5 000 QuickSett produits sont vendus. "Nous recevons même des appels de magasins, qui ont entendu parler de nous via leurs clients. Une première en plus de sept ans d’activité !"
Black-Line vise l’international
La machine est relancée. Les dirigeants ont trouvé de nouveaux locaux à Saint-Cyr-sur-Mer dans le Var, ils ont réembauché trois salariés et des intérimaires, ils ont amélioré encore le QuickSett Origin 2.0, "une version plus légère, plus fiable et réparable à la maison." L'entreprise se dirige désormais vers une année (au 31 mars 2026) à près d'1,3 million d'euros de chiffre d'affaires et 800 000 euros de bénéfices. Les frères Garnerone, soutenus en 2020 par l’investisseur Éric Larchevêque, devenu associé, feront leur troisième passage en télévision. "Après avoir participé à la première saison de l’émission Qui veut être mon associé ? Nous revenons pour raconter ce que nous sommes devenus", explique l’entrepreneur. Cet hiver, ils espèrent écouler 12 000 QuickSett Origin 2.0 et visent plus que jamais le marché américain. "Sur les 5 000 ventes réalisées, 3 000 proviennent des États-Unis", ajoute Rémi Garnerone. Ils ont aussi engagé des discussions avec un partenaire en Chine, "le marché de demain pour le snowboard", et déjà imaginé de nouveaux produits : le premier, un pack associant une fixation avec le QuickSett, est né d’un partenariat avec un fournisseur de fixations, un autre, à développer, permettrait d’adresser les loueurs, qui représentent 65 % du marché des snowboards, "qui ont des contraintes de place que nous devons résoudre."