C’est un peu le propre de ceux qui agissent à la seule force de leurs convictions. Jérémie Ferrer était persuadé il y a peu encore, ne rien y connaître en RSE. La désormais fameuse Responsabilité Sociale/Sociétale des Entreprises est pourtant la fondation même de Bioman Clearner, société de nettoyage qu’il crée en 2013 après des études en gestion d’entreprise et une expérience un peu amère dans la restauration.
Et c’est aussi ce qui lui permet d’attirer à la fois salariés et clients. Concrètement, elle affiche un faible turn-over parmi sa cinquantaine de collaborateurs, mais aussi une croissance de 25 % ces deux dernières années (pour un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros).
Une prise de conscience
Après deux ans de contrat dans une usine de parfum près de Grasse, cette dernière est rachetée par un géant mondial du secteur qui lance la construction d’un vaste bâtiment. Jérémie Ferrer pense alors sa société trop petite, pas assez légitime pour répondre à l’appel d’offres qui s’ensuit pour assurer la propreté des 4 000 m2 de bureaux. Jusqu’à ce que son nouveau comptable lui parle de RSE. "Il m’a expliqué que je n’avais pas compris les atouts de poids que présentait notre modèle socio-économique et qui avaient tout pour séduire un groupe mondial, allemand en l’occurrence. À mes yeux, je ne connaissais absolument rien." Le dirigeant se découvre alors en Monsieur Jourdain de la RSE.
Des produits bio pour démarrer
Quand il a créé Bioman Cleaner, il a d’emblée voulu travailler avec des produits bio. "C’était peut-être égoïste mais c’est moi qui faisais le ménage, je n’avais pas envie d’inhaler des produits toxiques. Et je voulais du matériel performant, ergonomique. Une démarche que l’on a évidemment poursuivie avec nos salariés." Et en 2013, trouver des produits écolabellisés est "une galère. Et ils étaient hors de prix", se souvient le dirigeant pour qui il s’agissait aussi d’un "bon argument pour se démarquer dans un secteur ultra-concurrentiel." Et l’argument "bio" fait mouche sur les premiers clients "prêts à payer un poil plus cher pour cela."
De la considération et des salaires "décents"
L’entreprise avance aussi sur l’autre jambe de la RSE : le social. "Pour moi, il fallait développer la boîte avec des gens qui se sentent considérés, qui aient un salaire décent. Cela voulait dire : seulement des CDI, pas de temps partiel, pas de coupure en journée car il est impossible de s’organiser quand on a une vie de famille."
Chaque collaborateur bénéficie aussi d’un véhicule. Et pour que les équipes ne perdent pas trop de temps et d’énergie sur la route, "les tournées sont faites en fonction de leur lieu de résidence".
Des contrats refusés pour le bien-être des salariés
Jérémie Ferrer va jusqu’à refuser des contrats pour que ses salariés conservent leur confort de vie et de travail. "Nous avons arrêté de travailler pour les boîtes de nuit parce que je ne voulais plus qu’on travaille le dimanche, de même que pour les plages privées ou les événements pendant le Festival de Cannes ou autre. Nous venons récemment de signer un club de padel. J’ai imposé que nous ne travaillions pas le dimanche, même si leur restaurant est ouvert tout le week-end. Le client a accepté. C’est à nous d’aller chercher les contrats qui sont lucratifs et qui sont les moins contraignants."
De même, le patron ne cherche plus à faire entrer de copropriétés dans sa clientèle, car "tout le monde tire trop sur les prix et j’explique toujours qu’on ne peut pas demander à la fois de payer pas cher et d’être exigeant. Ce n’est pas possible. Il y a un prix et un juste prix."
Une clientèle (très) haut de gamme
Et Jérémie Ferrer n’en est pas moins exigeant avec ses collaborateurs. Bien au contraire. D’autant qu’avec le temps, Bioman Cleaner s’est spécialisé dans une clientèle haut, voire très haut de gamme, entre villas de milliardaires de plus 1 500 m2 à faire briller, au sol de Ferrari ou aux marbres de l’hôtel du Cap-Eden Roc.
Pour satisfaire ces clients, l’entreprise a cherché des agents polyglottes. "On s’est ouvert aux étrangers de tous horizons. On a un Kurde, un Jamaïcain, un Ukrainien, qui parlait anglais avant d’apprendre à parler français et qui est devenu chef d’équipe."
Et pour donner des coups de pouce à ceux qui en ont parfois besoin, Jérémie ferrer a aussi recruté une personne handicapée ou d’autres qui sortaient de détention. "Je n’ai jamais vu l’entrepreneuriat incompatible avec le social", résume-t-il sans nier les difficultés qui peuvent aussi en découler.
"Prenez le temps de regarder ce que vous faites de bien dans votre boîte, ça vaut le coût."
Tout ce qu’il a fait jusqu’à présent naturellement, sans trop se poser de questions, il a décidé, en toute humilité, de le formaliser sur papier et surtout de le partager, sur les conseils de Vincent Ferrari à la tête de Symbiose Alpes-Maritimes, réseau d’entreprises dédié à la RSE. "Au BNI, dont je fais partie, je veux aussi passer ce message : prenez le temps de regarder ce que vous faites de bien dans votre boîte, conclut-il Ça vaut le coût." Car il y a forcément d’autres sociétés sur la Côte d’Azur qui font de la RSE, naturellement, sans même le savoir.