L'enveloppe de cinq milliards d'euros mobilisée par l'État en fin d'année pour venir au soutien des collectivités locales et autres hôpitaux publics serait littéralement «prise d'assaut». Une anecdote que relève Yann Cougard, le directeur régional de Dexia Crédit Local qui fait un constat sans concession - «pessimiste mais réaliste»- de la situation en 2011 et surtout des perspectives pour l'année qui démarre. «L'estimation au niveau national des besoins en financement des collectivités locales s'établit autour de vingt-deux milliards d'euros pour 2012. Ors, aujourd'hui il y a clairement une impasse pour près de dix milliards d'euros! C'est tout sauf rassurant», conclu le banquier. Les collectivités le savent et cherchent à couvrir leurs besoins au plus vite, «plus tôt que d'habitude», note d'ailleurs Yann Cougard.
Une offre de crédit qui se restreint
Pointé du doigt: le problème de l'accès au crédit. «Il y a moins d'offre car les banques elles-mêmes ont du mal à se refinancer sur les marchés. Les investisseurs sont plus méfiants et l'accès aux marchés devient difficile en termes de coût». Sans compter l'impact sur les établissements prêteurs de l'application des normes dites de «Bâle III» qui obligent notamment les banques à renforcer leurs fonds propres. En clair, «pour prêter la même somme demain il faudra plus de fonds propres», sachant que ce montant est pondéré par le risque. «Au-delà, ces nouvelles normes réglementaires obligent les banques qui prêtent sur le long terme à emprunter sur le long terme», soit à des conditions plus difficiles et surtout plus onéreuses. Une autre mauvaise nouvelle pour les collectivités. La demande, pourtant, est là, «un peu moins forte mais toujours en légère progression», note le directeur régional de Dexia. Les équipes municipales, pour n'évoquer qu'elles, ont encore à mi-mandat des projets dans les cartons! Résultat des courses, Dexia a prêté plus au second semestre 2011 que lors des six premiers mois de l'année. Un résultat qui s'expliquerait en partie par le coup de frein des autres banques sur la même période. Mais à la conjoncture détériorée s'ajoute en 2012 la situation dégradée du groupe Dexia en voie de démantèlement, dont l'activité de financement des collectivités doit être adossée à la Caisse des Dépôts ainsi qu'à la Banque Postale au sein d'une nouvelle structure qui ne devrait pas voir le jour avant la fin du 1er semestre. «Et cela non plus ça ne rassure pas les collectivités locales», concède Yann Cougard.
Guillaume Ducable
Face aux incertitudes qui pèsent sur l'avenir de Dexia comme sur l'accès au crédit en général, les collectivités cherchent à couvrir au plus vite leurs besoins de financement.