Vingt ans après, ils sont peut-être sur le point de réaliser leur rêve de jeunesse : révolutionner le monde du service à la personne. C’était en effet l’ambition de Grégory Bouillon et Émilie Da Cruz quand ils ont créé leur première entreprise, en 2006. Avant de se heurter à la réalité de leur marché. "Nous avions une double ambition : assurer une super qualité de prestation, et un bon niveau de rémunération à nos salariés. Mais le modèle de l’agence ne permet pas de bien valoriser les salariés qui travaillent le mieux : tout le monde est au même taux horaire. Et les primes ne comptent pas pour un prêt immobilier ou la retraite. Les meilleurs finissent donc par se mettre à leur compte." À l’issue du Covid le duo revend son réseau de 25 agences à un gros acteur du secteur. Mais veut renouer, en lançant le Club Tidy à Lille en 2023, avec ses ambitions passées.
Au service des pros du ménage
"Nous inversons le prisme en nous mettant au service des intervenants d’abord. La plateforme est pensée pour les professionnels expérimentés qui souhaitent se lancer en indépendants, pour valoriser leur expérience et fixer leurs propres tarifs. Mais la gestion d’une micro-entreprise peut effrayer. Nous avons créé les outils pour automatiser toutes les démarches," présente Émilie Da Cruz.
Déclarations Urssaf, dossiers pour pouvoir proposer l’avance immédiate du crédit d’impôt, prospection… tout est géré par le Club Tidy. Avec une promesse : assurer aux prestataires, en quelques mois, un salaire supérieur à la moyenne française, avec des cotisations retraites équivalentes à celles d’une aide ménagère salariée en agence. "Nous conseillons aux aides ménagères inscrites sur la plateforme de ne pas descendre en dessous des 18 euros bruts de l’heure, ce qui revient à 16 euros nets, soit le salaire moyen en agence. On constate que les prix sont plutôt tirés vers le haut, avec un tarif moyen de 20 euros bruts de l’heure." Le Club Tidy fournit également une assurance, qui protège l’aide ménagère et son client en cas d’accident ou de casse.
Recruter davantage de clients
La proposition vise juste. Accessible dans 1 700 communes autour de Lille, Paris, Lyon, Bordeaux et Marseille, le Club Tidy compte 250 intervenants inscrits… et 1 500 en attente. "On ne s’attendait pas à une telle traction, dans un secteur où il est plus facile de trouver des clients que des aides ménagères. Nous n’avions pas identifié le poids du bouche à oreille, notamment sur les réseaux sociaux. Il faut maintenant réussir à faire de même côté clients", pose Grégory Bouillon. La start-up de onze salariés, qui compte 500 clients actifs, vise les 2 000 d’ici le mois de juin.
Ces derniers s’y retrouvent également, assurent les créateurs de la plateforme. "Tout est automatisé de leur côté aussi, ils n’ont aucune déclaration Urssaf à gérer et sont prélevés automatiquement à l’issue des prestations. Grâce à l’avance sur crédit d’impôt, le surcoût est minime, même si le taux horaire de leur intervenant est un peu plus élevé. Ils savent qu’ils ont affaire à des pros, et surtout, que 80 % de ce qu’ils payent va dans la poche de leur aide ménagère et pas dans la nôtre. Certains gros réseaux captent jusqu’à 70 % de la valeur, et les augmentations tarifaires sont rarement au profit des salariés sur le terrain," pointe Grégory Bouillon.
Club Tidy réfléchit déjà à étendre ses activités à d’autres services à la personne, comme la garde d’enfants. À l’horizon 2029, l’entreprise vise 45 millions d’euros de volume d’affaires réalisés sur la plateforme, soit environ 8 millions d’euros de chiffre d’affaires.