Dix ans après avoir réussi la fusion de trois cliniques rouennaises (Saint Romain, Jeanne d'Arc et Jardin des Plantes), la clinique Mathilde, déjà détenue par la majorité de ses praticiens, organise la passation de témoin entre ceux qui partent en retraite et les jeunes médecins de l'établissement de santé. Près de 60 % du capital change ainsi de mains au profit de nouveaux praticiens. Un montage réalisé autour d'une holding, la SAS Mathilde médical développement, à laquelle participent 85 médecins accompagnés par Normandie capital investissement (NCI) à hauteur de 5 % du capital. Une opération d'un montant total de 8 millions d'euros dont 7 millions pour les seuls praticiens, avec un ticket moyen de 80.000€ par personne et un million d'euros apporté par NCI. « Une belle réussite », se félicite Jean-Luc Dubois, directeur de la clinique : « Nous avions présenté un montage financier raisonnable qui prévoyait une capitalisation de l'ordre de 3,2 millions d'euros. Nous garantissions la faisabilité du montage sur la base d'une capitalisation de 3,2 millions d'euros, plus un million via NCI. Mais, au final, le projet a soulevé l'enthousiasme et nous avons obtenu sept millions des praticiens : de quoi sécuriser le projet ! ». Une opération qui permet de rajeunir l'actionnariat avec des médecins présents, pour les plus anciens, depuis quinze ans et d'autres seulement depuis 2011.
Esprit coopératif et maîtrise des orientations
Avec un chiffre d'affaires multiplié par deux en dix ans, passant de moins de 18 millions d'euros en 2002 à plus de 38 millions en 2012, 30.000 naissances et plus de 200.000 interventions chirurgicales au cours de cette décade, la clinique Mathilde a attiré les convoitises. Ainsi, au moment du changement de mains de la majorité du capital, des acteurs extérieurs ont manifesté leur intérêt pour l'établissement de santé haut-normand, explique Jean-Luc Dubois : « Des groupes d'investisseurs organisés autour de fonds d'investissements, en général étrangers. Ils sont de plus en plus nombreux dans notre secteur d'activité ». Parmi ces acteurs on trouve des groupes comme Générale de santé, Vitalia, Vedici, Capio, Médi-partenaires ou encore Vivalto santé. « Face à ces opportunités qui auraient permis d'offrir aux cédants les liquidités souhaitées, une autre voie consistait à concilier cet impératif tout en préservant l'indépendance de la société ». La transmission aux praticiens de la clinique passe alors d'abord par une phase d'explication : « Il fallait savoir si les acteurs de l'entreprise voulaient prendre en main leur destin. Il a fallu convaincre que ce qui était bon pour un investisseur extérieur l'était sans doute pour ceux qui y travaillent. Même si on comprend que pour des gens qui ne sont pas de la finance, les sommes à engager sont conséquentes ! » Objectif pour la direction de la clinique : préserver l'indépendance de la société en maintenant un esprit coopératif, maîtrisant ses orientations stratégiques et garantissant la répartition des profits issus de l'utilisation commune de l'outil de travail en réinvestissements médicaux. « Tout cela pour donner du sens à notre action et améliorer la cohésion des équipes médicales, démarche qui a contribué à la réussite de la clinique Mathilde. Ce montage financier favorise le bien-être et la qualité de la prise en charge du patient », assure Jean-Luc Dubois.
L'avenir
La direction souhaite poursuivre le développement de ses pôles d'excellence : maternité, cancérologie, ophtalmologie, maladies de l'appareil digestif, urologie, chirurgie gynécologique et mammaire... Ainsi, des travaux sont envisagés pour améliorer le pôle ophtalmologique, dès 2013, pour un montant de 500.000 euros. De plus, d'ici 18 mois, la création d'un nouveau bâtiment de consultations doit permettre d'étoffer les équipes existantes, pour un montant de 5 millions d'euros.
Sébastien Colle
Santé. L'un des fleurons des établissements de santé de Haute-Normandie organise la transmission de 60 % de son capital. Un montage réalisé autour d'une holding, détenue par 85 médecins et accompagnée par Normandie capital investissement à hauteur de 5 % du capital.