«Je suis à 90% un communiquant d'entreprise, de collectivité, d'association, plus vraiment journaliste... Mais pas par choix, dénonce Jacques Sardat. La presse est frileuse et manque d'argent. À titre d'exemple, nous avons en Isère un des rares quotidiens français sans dessin de presse... C'est rigolo de voir qu'on peut aller plus loin dans l'humour dans un journal d'entreprise que dans la presse... Après, il faut se demander qui y va fort: le dessinateur ou celui qui a provoqué le dessin?» Il est vrai que ce croqueur d'actualités, plus connu sous le nom de Cled'12, a la plume acide, voire acerbe. «Je ne peux pas faire de la guimauve! Un dessin de Cled'12 doit être une piqûre. Il m'est arrivé d'aller trop loin dans la mièvrerie, ça a fait un flop!» Ancien des beaux-arts de Saint-Étienne et de Grenoble, cet auteur de 49 ans usait de l'humour dès la cour de récréation «pour (se) défendre». Là-dessus est venu se greffer le dessin quand il était objecteur de conscience sur le Campus de Saint-Martin-d'Hères. «Quand je dessine, je ris. Et quand on rit, on a vaincu, on domine, on arrive à se détacher.» Pour lui, le dessin de presse a pour fonction de faire rire, réagir et réfléchir. «Je sais le pouvoir que ça a, confesse-t-il. Le lecteur rentre dans le dessin, se l'approprie, y met parfois des choses que je n'y ai pas mises. Un dessin, c'est très direct. Un message peut être plus facile à faire passer par son intermédiaire.»
La liberté du direct
Il admet que certaines portes lui sont aujourd'hui fermées, dans des mairies ou des entreprises. Mais il évoque également tous ceux qui lui font confiance, comme le CEA. «Ils ont compris que le dessin est un vecteur, que les banques de photos ont leur limite. Mais travailler pour le CEA ne m'empêche pas de continuer à leur taper dessus et sur les nanotechnologies!» Ses limites? «Jamais d'attaque sur le physique des gens, sans que cela interdise la caricature. Ne pas se moquer des gens, car ça ne soulève pas grand-chose. Je préfère me moquer de ce qui est dit. Après, certains dessins sont acceptés ou refusés sans que je comprenne pourquoi. Ça dépend beaucoup du public.» Sa plus grande liberté se trouve dans ses interventions en direct. Les entreprises font appel à ses talents pour animer des colloques et séminaires. «Le dessin en direct est une prise de risque pour mon client, reconnaît Jacques Sardat. Il faut créer un climat de confiance, pour que le client se sente bien avec mes dessins même s'ils l'égratignent un peu. Et puis le client passe pour ouvert, plein d'humour, capable de prendre des gnons... On ne s'y attend pas de la part de certains, comme Jean Therme, directeur du CEA de Grenoble... Et pourtant!»
Cled'12
Jacques Sardat 04 76 15 36 40 @email