Après neuf années à codiriger l’entreprise avec son père, Guillaume Fornas a fini par prendre la tête, seul, de Citycare en ce début 2026. "Dans la continuité", assure-t-il, partageant "la même façon de manager" que le fondateur de cette PME (20 salariés ; CA 2025 : 7 M€) installée à Venelles, près d’Aix-en-Provence. "Mais avec des outils un peu plus modernes" sourit-il, soucieux justement d’innover en permanence pour devenir "le leader français sur le marché des défibrillateurs connectés". Un marché que Citycare a été l’un des premiers à investir, dès 2015, persuadé que "seule cette technologie permet de garantir le bon fonctionnement des appareils" et qu’elle a un impact sociétal énorme en termes de santé publique. Une conviction qui lui a valu la reconnaissance de la French Care et qui le pousse aujourd’hui à accélérer.
10 millions d’euros de chiffre d’affaires dans 5 ans
"Notre entreprise est économiquement ultra viable, nous devons maintenant continuer à nous structurer, tout en cherchant en permanence à innover", précise le dirigeant, qui vise 10 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 5 ans en travaillant simultanément sur trois axes de développement. "Nous devons renforcer l’équipe commerciale pour passer de 8 personnes à une quinzaine. Nous sommes présents à Nice, Toulouse, Paris, Nantes ou encore Metz, énumère-t-il. Mais bizarrement pas à Marseille, ni à Lyon ou Bordeaux. Nous devons ensuite augmenter encore le taux de reconduction des abonnements, qui est de 65 % alors que le taux de satisfaction est de 96 %. Enfin, nous allons améliorer notre site internet ledefibrillateur.com d’ici 2028, pour passer d’un million d’euros de chiffre d’affaires en ligne à deux millions."
Une entreprise pionnière
"Quand mon père a créé l’entreprise en 2013, le marché des défibrillateurs automatisés externes (DAE) n’était pas structuré, alors qu’il est aujourd’hui concurrentiel, contextualise Guillaume Fornas. Aucune loi n’imposait leur installation. Mais il a rapidement identifié le besoin de maintenance et a proposé les premiers défibrillateurs connectés permettant de détecter une panne à distance." Car en 2016, Citycare disposait d’un parc de près de 3 000 appareils et en échangeant avec les clients, Patrick Fornas avait constaté qu’environ un tiers ne vérifiait pas leur état, ce qui les rendait potentiellement inutiles.
Citycare a alors intégré des émetteurs basse fréquence à ses DAE en 2017, puis des émetteurs GSM et 4G permettant non seulement de savoir si l’appareil dysfonctionne, mais aussi de déterminer quel composant ou quelle batterie bugue, en 2020. Une avancée fondamentale pour assurer un suivi permanent.
Un tiers d’appareils défaillants
"Sans ça, on a un faux sentiment de sécurité", insiste le chef d’entreprise. Selon la Société française de médecine d’urgence (SFMU), près d’un tiers des DAE disponibles dans l’espace public serait hors service encore aujourd’hui. Par manque de contrôle et d’entretien. D’autant que si les ERP (établissements recevant du public) ont désormais l’obligation d’en installer, ils n’ont en revanche aucune obligation de les tester régulièrement.
Un abonnement incluant la maintenance
D’où l’abonnement proposé par Citycare, qui représente 99 % de son chiffre d’affaires et a séduit des entreprises comme Carrefour, Volkswagen, Decathlon ou Burger King, mais aussi des collectivités parmi lesquelles les communes de Cavaillon dans le Vaucluse ou des Baux-de-Provence, dans les Bouches-du-Rhône. La société met à disposition un défibrillateur piloté à distance et effectue sa maintenance (pour environ 100 euros par mois). "On apporte une assurance, insiste Guillaume Fornas. Et Citycare est alors juridiquement responsable de toute défaillance."
S’équiper par conviction, pas par obligation
Si cela lève des freins, "il faut encore éduquer, poursuit-il, pour que les structures s’abonnent non pas par obligation mais par conviction, ce qui est le cas de 70 % de nos clients. Parce qu’installer un défibrillateur est un acte sociétal. Nos 10 500 DAE en location sauvent 20 vies par an." Mais selon la Fédération française de cardiologie, près de 20 000 personnes meurent chaque année faute de défibrillateur fonctionnel à proximité. C’est dire si le marché est encore important, comme les perspectives de croissance.