Chimie pharmaceutique : Un malade en quête de traitement
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Chimie pharmaceutique : Un malade en quête de traitement

Très axée sur la production, la chimie pharmaceutique alsacienne souffre de l'absence de centres de recherche. Des pistes de redéploiement sont possibles. Elles permettraient de consolider les 4.000 emplois actuels et d'espérer en créer de nouveaux.

«La valeur ajoutée et l'innovation sont à trouver du côté du Land du Bade-Würtemberg et de Bâle». C'est, en substance, ce que dit au sujet de la chimie pharmaceutique une note de la Direccte publiée l'an dernier. Ce constat, les grands acteurs du secteur l'ont fait depuis un moment. En témoignent les fermetures de sites, depuis quelques années, comme Rhodia Pharma Solutions à Mulhouse, les cessions comme celle en cours de Novartis au façonnier Delpharm à Huningue, ou encore les suppressions de postes envisagées chez Lilly France, à Fegersheim. Pour ne citer que ces cas-là. «Il est clair que les majors se désintéressent de l'Alsace», lâche Marcel Ngo, secrétaire de l'union locale de la CGT à Mulhouse.




Délocalisations et médicaments génériques

Plus portée sur la production que sur la recherche et le développement de molécules, la région ferait également les frais d'une vague générale de délocalisation de la fabrication dans les pays de l'Est, en Chine ou en Inde, et du développement des médicaments génériques. «Avec un salaire brut moyen de l'ordre de 1.800euros en Alsace, comment voulez-vous rivaliser ne serait-ce qu'avec la Pologne, où il est de 300euros?», interroge-t-il, «la chimie pharmaceutique alsacienne est tout simplement victime de la mondialisation». «Nous sommes face à des groupes qui ?s'américanisent ?dans leur management», explique de son côté Christophe Winkelmuller, directeur du Pôle chimie Alsace, «ils conservent la R & D et la distribution, mais estiment que la production, devenue une charge, n'est plus stratégique».




Le dynamisme de la recherche est à Bâle

En fait, tout a démarré dans les années 1995 avec la fusion de Ciba-Geigy et Sandoz qui a donné naissance à Novartis, selon Michel Faupel, président de ce pôle. À l'époque, 3.000 suppressions d'emplois côté suisse et une onde de choc que l'on ressentirait donc encore en Alsace. Si, côté bâlois, les activités de production ont tendance à se raréfier pour les mêmes raisons qu'en Alsace, ce big-bang aura été salutaire pour le dynamisme de la recherche, avec, dans la foulée, la création de 640 entreprises de pharmacie et activités connexes. «L'Alsace n'a pas su profiter de cette vague de création», regrette-t-il, soulignant une forme de pollinisation de la culture de la recherche issue de ce géant. Est-ce directement lié? Le fait est qu'aujourd'hui, on estime que 40% de la recherche pharmaceutique mondiale a lieu dans un rayon de 300 kilomètres autour de Bâle. Un rayon qui éviterait soigneusement l'Alsace. La région et ses écoles, l'Enscmu en première ligne, reste pourtant une grande pourvoyeuse de matière grise pour Bâle. Ils seraient ainsi 3.200 frontaliers à travailler dans la chimie (toutes spécialités) là-bas. «C'est du savoir-faire que l'on perd, une fuite des cerveaux», regrette Michel Faupel.




EcoTox, l'avenir en Alsace?

Il veut à la fois offrir un avenir en Alsace à ces cadres et prescrire un traitement de choc à la filière, en s'appuyant sur le réglement européen Reach. Dans sa déclinaison pharmacologique, celui-ci va contraindre les laboratoires à développer des molécules plus efficaces et mieux ciblées tout en limitant leur impact à la fois sur les patients et sur l'environnement. «L'Alsace peut devenir un acteur incontournable du test de médicaments en amont de la production en limitant l'utilisation très coûteuse d'animaux», avance Michel Faupel. Le projet qu'il porte, EcoTox, une plate-forme de bio-simulation candidate aux Investissements d'avenir, devra permettre de «comprendre comment fonctionnent les molécules, quelles doses sont toxiques, comment produire proprement et limiter leur impact», selon lui. En clair, il s'agit d'entrer dans le XXIesiècle et d'anticiper les besoins de la filière. «Il doit générer une multitude d'entreprises mieux réparties sur le territoire, ce qui implique une profonde mutation du secteur et d'avoir une vision stratégique à 20 ans», conclut-il, à l'adresse des pouvoirs publics. Il estime à 20.000 le nombre d'emplois directs et indirects qui pourraient en découler. Actuellement et selon le syndicat des entreprises du médicament, la chimie pharmaceutique pèserait encore un peu plus de 4.000 emplois directs et environ 5% du PIB régional.

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