Le 1er janvier dernier naissait officiellement la commune nouvelle Cherbourg-en-Cotentin, fruit du rapprochement de cinq communes limitrophes de la pointe du Cotentin. Depuis, les cadeaux de naissance s'accumulent ! Une simple conjonction d'annonces pour des projets travaillés de longue date, diront certains. Mais les faits sont là : Cherbourg a enclenché sa transition industrielle vers les énergies marines renouvelables. Certes, le terrain était favorable, avec la présence historique de deux acteurs puissants de l'industrie navale, DCNS et CMN (Constructions Mécaniques de Normandie). Les annonces de ces dernières années concernant notamment le développement en France de l'éolien en mer et des énergies marines renouvelables (EMR) en général, ont achevé de convaincre ces industriels de se lancer dans la bataille.
« Améliorer la compétitivité de nos offres »
Fin avril, c'est le chantier naval dirigé par Pierre Balmer qui a confirmé un investissement record de 100 millions d'euros destiné à doter CMN (100 millions d'euros de CA et 350 salariés) à l'horizon 2019 d'une nouvelle usine à la pointe de la modernité. « Notre usine actuelle a été créée au début du XXe siècle », justifie le dirigeant. « Elle a fait son temps ! ». Confiant dans ses perspectives de développement, Pierre Balmer a donc fait le choix « de rationaliser notre process pour améliorer la compétitivité de nos offres », explique-t-il sobrement. Soutenu par la région Normandie et son président Hervé Morin à travers l'autorité publique de gestion PNA (Ports Normands Associés), le projet a été labellisé par l'Alliance Industrie du Futur dont le comité de pilotage est présidé par Emmanuel Macron. « Une reconnaissance de la qualité de notre projet et un véritable catalyseur pour finaliser le financement du projet », espère le dirigeant.
Le château de cartes de PNA
Aujourd'hui, Pierre Balmer compte sur un début des travaux à l'horizon 2017 pour une livraison mi-2019. Principal atout du projet, son positionnement en bord à quai sur un site qui va tout de même nécessiter de la part de PNA la construction d'un nouveau terre-plein de 6 ha pour la modique somme, études comprises, de 25 millions d'euros. « C'est le site le plus compliqué pour nous qui a été retenu », reconnaît Philippe Deiss, le directeur de PNA, « mais c'est la logique économique qui l'a emporté » ! La création du terre-plein va notamment obliger PNA à « déménager » des sédiments pollués confinés et surtout à réorganiser le fonctionnement du terminal transmanche. « C'est un petit château de cartes ! », lâche Philippe Deiss. Pour CMN, dont l'investissement va s'élever à près de 80 millions d'euros, la construction de cette nouvelle usine reste une porte ouverte sur la diversification dans les énergies marines renouvelables, et notamment l'hydrolien. « C'est un secteur qui ne représentera jamais pour nous l'équivalent de ce que nous réalisons avec les contrats militaires, mais en heures de travail, ça pourrait représenter 40 % du futur plan de charge annuel », insiste Pierre Balmer. Des hydroliennes dont la fabrication devrait démarrer avant même la livraison de la future usine, dans les installations actuelles de CMN, peut-être même avant la fin de l'année.
Un atelier d'assemblage d'hydroliennes pour DCNS
L'autre bonne nouvelle du printemps sur les quais cherbourgeois, c'est la confirmation de la volonté de DCNS, le poids lourd industriel local, d'engager la construction de son futur atelier d'assemblage d'hydroliennes. Le groupe spécialisé dans le naval de défense qui vient d'ailleurs de décrocher un contrat record avec le gouvernement Australien pour la construction d'une douzaine de sous-marins, a obtenu en mai de la part des autorités locales et régionales l'autorisation de dépôt de permis de construire qui manquait pour engager le projet de sa filiale OpenHydro (NDLR : Lire ci-contre).
DCSN en pole position sur l'hydrolien
Sous maîtrise d'oeuvre de la Shema, l'atelier sera construit là encore sur des terrains appartenant à PNA (25 ha). Le dépôt du permis de construire doit avoir lieu en juin pour un chantier qui pourrait démarrer dès 2017, confirme Philippe Deiss. Objectif affiché pour DCNS : être en pole position sur un marché en émergence jugé prometteur. Pour ce faire, le groupe a fait l'acquisition en 2013 de l'Irlandais OpenHydro qui développe depuis 2003 un système complet allant du développement des hydroliennes à l'installation et à la connexion à terre. L'appel à manifestation d'intérêt lancé en 2014 par l'ADEME prévoit l'installation d'une ferme pilote de sept turbines dans le Raz Blanchard à l'horizon 2018. DCNS. Sans attendre, le groupe a inauguré en début d'année un premier site de démonstration au large du Finistère (Paimpol-Bréhat) équipé de deux turbines hydroliennes. « Une première mondiale qui doit valider la technologie », se félicite le directeur général d'OpenHydro, Christophe Chabert.
Deux entreprises emblématiques du tissu industriel cherbourgeois ont annoncé ces dernières semaines des investissements records sur le port de Cherbourg. L'autorité portuaire, PNA, va investir de son côté plus de 100 M€.