Le contexte
Les déboires de l'ex-SNCM ont rabattu les cartes du transport de passagers vers l'Ile de Beauté depuis le port de Nice, troisième port français de liaison avec la Corse (plus de 800.000 passagers annuels). «
La situation quasi-monopolistique de Corsica Ferries à l'été 2015 ne convenait à personne », confie-t-on à la CCI, gestionnaire du port. Celle-ci a donc sollicité la compagnie Moby Lines afin de diversifier et renforcer l'offre, et ainsi consolider des retombées économiques qui se chiffrent à 17,3 M€.
Les compagnies
Présente sur Nice depuis 20 ans, Corsica Ferries opère sur le marché du transport maritime de passagers depuis le continent (Italie et France) vers la Corse, la Sardaigne et l'Ile d'Elbe. Disposant d'une flotte de 13 navires, la compagnie corse dessert 17 lignes, propose jusqu'à 30 traversées par jour et a transporté 3,5 millions de passagers, dont 700.000 depuis Nice, et 1 million de véhicules en 2015. Elle emploie 1.000 équivalents temps plein (1.700 au plus fort de la saison) pour un chiffre d'affaires de 280 M€.
Moby, elle, est une des trois filiales du groupe italien Onorato Armatori, un des leaders mondiaux du transport maritime avec 64 unités. En 2015, il a réalisé 37.700 connexions, transporté 6,2 millions de passagers et 7,8 millions de mètres linéaires de fret en Méditerranée. Il affiche un chiffre d'affaires de 609 M€ pour 4.000 salariés. Moby programme des traversées vers la Sardaigne, la Corse et l'Ile d'Elbe depuis quatre ports italiens, et désormais Nice.
Les liaisons
En 2016, Corsica Ferries ouvre six nouvelles lignes, dont deux depuis Nice (Porto-Vecchio et Golfo Aranci en Sardaigne). Ces nouvelles dessertes sont liées à l'investissement (en 2015) de 130 M€ dans l'achat de deux navires auprès de la compagnie fino-estonienne Tallink. Au total, elle dessert sept destinations depuis le port azuréen, et renforcera par ailleurs son activité hivernale en passant de quatre à sept escales par semaine.
Arrivée le 6 juin sur Nice, Moby dessert depuis quotidiennement le port de Bastia. En hiver, les traversées seront assurées deux fois par semaine. Si cette ligne reste marginale au regard des 41.000 traversées qu'opérera le groupe en 2016 au départ de 30 ports, elle est toutefois emblématique. Avec cette liaison de nuit, offre qui manquait au port azuréen, la compagnie italienne relie pour la première fois deux ports étrangers, s'ouvrant ainsi de nouveaux marchés à l'international.
Les objectifs
Pour Corsica Ferries, il s'agit de consolider sa position de leader sur la Corse, elle qui revendique 77% de parts de marché. Et de monter en gamme. En témoigne le lifting de 20 M€ du Mega Andrea, l'un des deux navires nouvellement acquis, pour repenser les concepts de restauration et créer des espaces spa, lounge et enfants.
Quant à Moby, l'objectif est d'abord de faire mieux qu'à Toulon où la compagnie n'est restée qu'une petite année (2010). A Nice, elle vise les 160 à 200.000 passagers en 2016 et, en fonction des résultats, envisagera de doubler la ligne et d'ouvrir d'autres destinations vers la Corse, mais pas forcément depuis le port azuréen.
Ce qu'ils disent l'un de l'autre
Pour Pierre Mattei, président du directoire de Corsica Ferries, «
toutes nos lignes sont en concurrence, la situation de 2015 n'était qu'un accident statistique. L'arrivée de Moby sur Nice est donc naturelle et ne nous pose aucun problème. La seule concurrence qui nous fait peur étant celle subventionnée », allusion directe au combat qui l'opposa à la compagnie maritime marseillaise.
Quant au directeur général de Moby, Achille Onorato, il souligne, lapidaire : «
Nos offres diffèrent, nos cibles aussi ». La compagnie aux couleurs des Looney Toons ayant un positionnement volontairement familial.
Seule à assurer la traversée Nice-Corse depuis le départ de l'ex-SNCM, la compagnie Corsica Ferries devra désormais composer avec l'arrivée de l'Italienne Moby. Revue de détails des forces en présence.