Face aux difficultés récurrentes du textile dans l'Hexagone, le groupe de luxe français Chanel veut sécuriser ses approvisionnements en tissus haut-de-gamme en investissant dans des entreprises françaises spécialistes de la soie. Objectif : préserver des savoir-faire rares et menacés de disparition. Quatre PME ont été retenues. Elles sont toutes implantées dans la Loire. Il s'agit de Moulinages de Riotord, Textiles Henri Lacroix, Denis et Fils et Hugotag ennoblissement. Avec ces quatre entreprises, travaillant la soie à toutes les étapes de production, Chanel entend construire une filière soie française, solide et " mais
on ".
Prises de participations
Moulinages de Riotord (15 salariés ; CA 2015 : 1,23 M?; RN : 63.000?) et Textiles Henri Lacroix (1,26 millions d'euros de CA en 2015 et 15 salariés pour un résultat net de 31.000?) sont toutes deux basées à Coutouvres et sont dirigées par Frédéric Mermet. La première affiche une baisse de 20 % de sonCA depuis 2014 mais une hausse de 15 % de son activité en volume (en raison d'un changement de process dans l'achat de la soie désormais assuré par ses clients) tandis que la seconde est en redressement judiciaire. L'offre de Chanel doit être examinée par le Tribunal de commerce de Roanne dans les prochaines semaines. Chanel prendrait ainsi le contrôle de ces deux sociétés spécialisées dans le moulinage, c'est-à-dire la torsion du fil de soie. Une action permettant de lui apporter résistance et élasticité. « C'est une vraie fierté pour nous d'avoir été repérés par un tel groupe. Notre savoir-faire de moulinier pour la soie n'existe que dans trois entreprises en France. Chanel va nous donner les moyens de nous développer », se réjouit Frédéric Mermet. Denis et Fils (49 salariés), à Montchal près de Panissières, est, elle, en excellente santé, avec un chiffre d'affaires de 10,57 millions d'euros (contre 8,2 millions d'euros en 2014) et un résultat net à 811.000? en hausse de près de 400 %. Spécialisée dans le tissage d'unis et de jacquards, la PME familiale cède une participation minoritaire à Chanel. Enfin, Hugotag ennoblissement (CA 2015 : 3,13 M?; 49 salariés ; RN 2015 : -201.500?) à Fourneaux est positionnée sur l'ennoblissement (teinture) des tissus et notamment de la soie. Depuis le milieu des années 2000, ces quatre sociétés collaboraient déjà étroitement entre elles, avec des prises de participation de Denis et Fils chez ses consoeurs.
Investissements à venir
Ces quatre PME, repérées par Chanel, bénéficieront de l'appui financier et technique du groupe, mais conservent leur management et continueront de travailler pour leurs autres clients, y compris les concurrents de Chanel. Ces prises de participation doivent permettre au groupe de luxe, dirigé par Alain et Gérard Wertheimer (CA 2014 : 6,7 milliards d'euros), de « maîtriser l'ensemble de la chaîne de fabrication des tissus tout en préservant sur le territoire national des savoir-faire rares et exclusifs », souligne Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel. « Des investissements conséquents seront dédiés à l'augmentation des capacités de production et à la modernisation des équipements », promet-il.
Loire, terre de luxe ?
Avant Chanel, c'était Hermès qui avait déjà épinglé la Loire sur son tableau de chasse. En 2011, MSI, sous-traitant de l'autre grand nom de la soie, s'était ainsi installée à Saint-Symphorien de Lay pour relocaliser une activité jusqu'ici effectuée à Madagascar : le roulottage des fameux carrés. Sofama, Neyret Rubans, Pacau Couture, Tannerie Fortier-Beaulieu... Une trentaine d'entreprises de la Loire travaillent, discrètement, pour les grands noms de la maroquinerie, de l'habillement ou des accessoires. À tel point que l'Agence du Développement économique de la Loire, l'Adel42, a d'ailleurs inscrit, depuis deux ans, le luxe comme axe de prospection prioritaire.
Stéphanie Gallo
TEXTILE. Chanel veut créer sa filière soie pour sécuriser ses approvisionnements. Le groupe de luxe prend des participations dans quatre PME ligériennes.