En France, plus de 12.000 opérations de cession transmission d'entreprises ont eu lieu en 2010. L'étude «Quand les entreprises changent de mains», de BPCE L'observatoire, révèle que, contrairement à ce qui est souvent admis, les départs en retraite ne sont pas la source première des transactions, puisque 58% des opérations ont lieu alors que le dirigeant a moins de 55 ans. Alain Tourdjman, directeur des études économiques et prospectives BPCE et auteur de BPCE L'Observatoire, a expliqué, lors de la présentation de l'étude sur le Printemps des entrepreneurs du Medef Lyon-Rhône, le 3avril dernier, que la fréquence des transactions varie surtout en fonction de la taille de l'entreprise et intervient plus fortement dans les entreprises qui ont des statuts juridiques complexes.
Disparités régionales
L'étude pointe de fortes disparités régionales, les taux de cession les plus élevés étant relevés dans des départements très urbanisés, avec une ville-centre comme dans le cas du Rhône, ou dans des départements ruraux. En Rhône-Alpes, en 2010, le taux de cession des PME et ETI est de 5,9%, avec 1.302 cessions, et le taux de disparition de 2,5%, avec 555 disparitions. Le Rhône se distingue avec un taux de cession de 6,8% (465 cessions, concernant 74.781 salariés) et un taux de disparition de 2,9% (202 disparitions; 8.068 salariés). Dans le département, un fort renouvellement des PME est donc observé. L'étude montre également que les reprises d'entreprises régionales sont surtout le fait de PME et de holdings pour les entreprises de dix à 49 salariés, et de holdings plutôt que d'ETI pour les PME de plus de 50 salariés et les ETI. Les cessions intrafamiliales concernent 13,5 % des cas en Rhône-Alpes, comme en France. «Le cédant cherche un alter ego chez le repreneur, commente Alain Tourdjman. Il ne s'agit pas simplement d'une transaction économique mais de donner un avenir à l'entreprise.» La notion de confiance entre cédant et repreneur est donc très importante. Le prix est donc parfois secondaire. Même s'il reste décisif. Bâti par des spécialistes, il sert de base pour construire la relation. Ainsi, 63% des cédants déclarent être prêts à transiger sur le prix, notamment quand ils sont âgés.
De l'intention à l'acte
La part des chefs d'entreprise décidés à céder leur société augmente d'ailleurs avec l'âge: ils sont 24% à déclarer avoir l'intention de céder leur entreprise dans les deux années à venir, mais cette proportion monte à 49% pour les dirigeants âgés de 60 ans et plus. Soit une hausse de 13 points depuis 2006. L'écart entre les intentions de céder (14.000 à 20.000 entreprises en 2010) et les réalisations est important. Le décalage est surtout accentué quand l'âge augmente. Or, ce phénomène a un impact sur l'activité économique: «Au-delà de 55 ans, les dirigeants privilégient la stabilité de leur entreprise plutôt que la croissance, expose Alain Tourdjman. Leur rentabilité se dégrade et les investissements sont réduits.» Toutefois, en raison d'un taux de cession élevé en Rhône-Alpes, les entreprises sont fabiblement concernées par le vieillissement de leurs dirigeants. La diversité du tissu économique et la mobilisation des acteurs locaux sont des critères avancés pour expliquer la bonne tenue des cessions transmissions dans la région. Un atout selon l'expert, qui souligne que les cessions sont moins connues, car les informations sont plus diffuses que pour les créations d'entreprise, dont la comptabilité est plus aisée. «Or l'enjeu des cessions transmissions est bien plus important que celui des créations puisqu'il existe désormais une bonne dynamique entrepreneuriale en France.»
D'après BPCE L'Observatoire, le ratio élevé de cessions et transmissions d'entreprise de la région est le gage d'une économie dynamique.