Ceser : Voix de la société civile ou institution sans intérêt?

Ceser : Voix de la société civile ou institution sans intérêt?

Le Conseil économique, social et environnemental régional choisira son nouveau président le 15 novembre. Les critiques fusent parmi les représentants patronaux : lourdeur, compromis permanent, coût... Faut-il pour autant supprimer cette voix de la société civile ?

Ce qui est étonnant avec le Ceser (Conseil économique, social et environnemental régional), c'est de voir à quel point les avis sont divergents selon les personnes que l'on interroge. Poumon de la démocratie locale pour certains, ectoplasme coûteux et inutile pour d'autres. Pour rappel, cette institution régionale est composée de 119 représentants de la société civile (patronat, syndicat, association, universitaire...) qui remplissent une mission de consultation auprès des instances politiques de la région. Au cours de la mandature 2007 - 2013, le Ceser Aquitaine a rédigé 43 rapports, 164 avis, 21 contributions... De l'avis de tous, on travail beaucoup au Ceser Aquitaine. « J'y ai siègé quelques mois et j'ai du démissionner car c'était trop chronophage, explique un ancien membre. Mais la question que je me pose encore est de savoir si ce travail sert à quelque chose... Quand vous mettez 119 personnes dans une salle, les discussions deviennent souvent des palabres incessantes. Et la recherche du concensus fait perdre tout intérêt aux conclusions ».




À la recherche permanente du consensus

C'est le reproche majeur qui est adressé au Ceser: la recherche permanente du consensus. « Les rapports sont sans intérêt car pour qu'ils conviennent à tout le monde, ils sont basés sur un consensus mou, considère un protagoniste de premier plan du monde patronal. A l'heure où l'État doit faire des économies, il serait judicieux de supprimer cette institution. Le Ceser ne sert à rien. C'est encore plus vrai à une époque où la concertation est pratiquée par tous, et se fait instantanément via internet ». Cette opinion est contestée par un autre représentant patronal issu de la même organisation: « C'est important que les corps intermédiaires travaillent en commun, et pas chacun dans leur coin. On ne peut tout de même pas se plaindre que les membres du collège 1 (employeurs) et du collège 2 (salariés) partagent parfois la même analyse! ». Et un autre représentant patronal d'ajouter: « Les rapports du Ceser sont souvent insipides, mais ils permettent aux différentes organisations de disposer de la même information, alors que nous sommes souvent spécialisés dans un domaine ».




Trois dimensions

Pour Luc Paboeuf, président du Ceser Aquitaine, « les critiques sont le fait d'une société où prédomine le débat, voire le conflit. Nous ne sommes pas habitués à rechercher le consensus. Les solutions radicales ne marchent pas toujours à l'aune de nos trois dimensions: l'économique, le social et l'environnemental ». La dimension environnementale a justement du mal à passer dans le camp patronal. Depuis 2010, le Conseil économique et social est également devenu environnemental. Ce qui a un peu plus diluer la voix des employeurs. « Le Ceser devient de plus en plus généraliste », regrettent Jean-François Cledel, président du Medef Gironde, et Serge Marcillaud, président de la CGPME. « Evolution inévitable, rétorque Luc Paboeuf. La diversité des points de vue doit être intégrée, même si ça complexifie la question sociétale ».




Au commanditaire de se saisir des études

Les rapports du Ceser ont comme première fonction d'éclairer le président du conseil régional et le préfet de région sur l'avis et l'analyse de la société civile régionale. Mais ces autorités politiques s'en préoccupent-elles réllement? « C'est au commanditaire de se saisir des études, explique un président de fédération professionnelle. Ce n'est pas la faute du Ceser si ça reste sur une étagère ». Luc Paboeuf lui-même regrette « le rôle marginal du Ceser dans le paysage institutionnel. Contrairement aux conseils de développement, nous ne sommes pas une caisse de résonnance des élus. Certes, nos travaux sont suivis par le conseil régional, mais cet exemple reste assez isolé dans la culture de gouvernance. Il serait bon que les politiques s'approprient nos travaux à l'échelle infra-régionale. Nos travaux doivent nourrir l'espace public ».




« Que le Ceser devienne le Sénat des régions »

Yves Petitjean, président de la Chambre de métiers et de l'artisanat régionale, va encore plus loin. Pour lui, le Ceser ne doit pas se contenter d'un rôle consultatif, mais acquérir un poids politique. « Il faudrait que le Ceser devienne le Sénat des régions. Cela permettrait de recueillir l'avis de personnes avec des profils très différents de celui des élus ».