«Le commerce souffre beaucoup à Rouen», ce constat de Jean-Louis Ravier, président du tribunal de commerce de Rouen, traduit une situation généralisée en de nombreux centres-villes et notamment auHavre et à Rouen. L'un des problèmes rencontrés par les commerçants de Rouen, est celui du coût des pas-de-porte ou des baux «trop chers», s'inquiète Jean-Louis Ravier. Mais, si la crise est bien là, elle n'explique pas tout, conclut-il: «Il y a la crise mais aussi les problèmes de gestion». Savoir gérer son entreprise, une problématique sur laquelle insiste aussi Philippe Depréaux, président de la Chambre commerciale et artisanale de Rouen (CCAR) qui regrette le manque d'expérience des nouveaux commerçants: «On observe en centre-ville une rotation importante des commerces depuis deux ans. L'une des raisons est le manque de professionnalisme de personnes qui reprennent ou ouvrent un commercesans vraiment connaître le métier et souvent, sans savoir gérer. Nous avons besoin de vrais pros! A l'image de la Chambre des Métiers, nous devrions demander une obligation de formation. Ce serait une assurance complémentaire de réussite pour quelqu'un qui s'installe». Autre problème des centres-villes, la colonisation par les chaînes commerciales des meilleurs emplacements, souvent achetés à prix d'or. Ainsi à Rouen, les deux principales rues commerçantes (Gros-Horloge et Carmes) sont tenues à 80% par les enseignes nationales et internationales. Une situation déplorée par Philippe Depréaux: «La mairie explique qu'on a l'un des plus importants centre-ville à ciel ouvert de France mais, si vous retirez ces grandes enseignes que reste-t-il dans l'hypercentre?»
L'union fait la force
Autre menace sérieuse pour le commerce de centre-ville
, l'implantation de villages de marques sur de gigantesques emplacements, potentiellement déstabilisants pour l'équilibre économique d'une région. Un tel dossier a récemment mis en émoi la communauté commerciale du département avec un projet à Douains, dans l'Eure: 160M€ d'investissement, 25.000m², 125 boutiques... Le projet de l'américain Mac Arthur Glenn prévu pour 2015 a fédéré l'ensemble des acteurs du commerce local, contre lui. Un collectif «de lutte» a même vu le jour sous l'appellation «Demain vivre nos villes et nos villages (D3V)» pour mettre un terme à un projet qui: «Ne peut pas être sans conséquences sur les pôles commerciaux de l'Eure mais aussi d'Elbeuf, de Rouen...», expliquait dans nos colonnes en mai dernier, Pierre Bellanger, vice-président en charge du commerce à la CCIT de Rouen. Résultat, après un feu vert donné en juin par la commission départementale d'aménagement commerciale (CDAC) de l'Eure, c'est finalement le recours déposé par D3V qui a obtenu gain de cause avec un avis négatif en commission nationale (CNAC), le 10novembre dernier. De quoi satisfaire le président de la CCAR: «Cette victoire, c'est la preuve que nous savons défendre nos emplois et activités. C'est cela aussi le travail d'un commerçant impliqué».
Opérations de soutien
Si
auHavre, le constat est identique sur la situation économique dégradée et le pouvoir d'achat en baisse, on note aussi «des changements de consommation avec Internet et l'impact non négligeable des travaux du tramway qui modifient les flux de consommation», explique Vianney de Chalus, président de la CCIT. Une situation variable en fonction des activités et des quartiers, précise le maire duHavre, Édouard Philippe, qui veut aussi voir dans ces grands travaux: «La promesse d'une attractivité future». Pour Noël, mairie, CCIT et associations de commerçants se sont unies pour mener des actions de soutien au commerce. Première mesure destinée à faire venir les consommateurs, la gratuité des parkings les 3, 10 et 17décembre (Les Halles, Hôtel de ville, Coty, funiculaire, Maréchal Joffre) pour un total de 3.000 places. «C'est une façon de dire que LeHavre reste fréquentable malgré les travaux. Pendant la Transat Jacques Vabre, 300.000 personnes sont passées sur le village et ont consommé. Une belle opération commerciale qui montre que l'on peut gérer l'afflux de visiteurs», explique Édouard Philippe. Une politique de communication avec plan média doit promouvoir les achats en centre-ville et des animations et un marché de Noël sont prévus. Pour poursuivre au-delà de Noël, des week-end shopping seront organisés au printemps 2012 à l'occasion de la venue des paquebots de croisières, activité en plein renouveau auHavre avec 250.000 croisiéristes et 80.000 membres d'équipage attendus en 2012. Noël, moment décisif pour nombre de commerçants qui réalisent sur cette période une part importante de leur chiffre d'affaires. Alors, à Rouen, on s'organise aussi. La ville réalise l'animation avec l'opération «Rouen givrée» et les commerçants mettent en place des opérations: chèques parking pour les clients, ou encore, concours de décoration des façades des commerces, explique Philippe Depréaux: «De quoi donner une motivation et avoir un axe de communication et d'identification original».
Sébastien Colle
Face à un contexte économique difficile, le petit commerce des grands centres-villes offre de plus en plus un visage alarmiste avec un turn-over important et de nombreux emplacements vides. La riposte s'organise avec des initiatives de soutien au Havre et à Rouen.