Centre-Bretagne : Les Chinois investissent par millions
# Investissement

Centre-Bretagne : Les Chinois investissent par millions

Le centre-Bretagne attire les Chinois. Son usine de poudre de lait à peine en production, le groupe Synutra vient d'annoncer un investissement de 200 millions d'euros supplémentaires pour construire une nouvelle usine, toujours à Carhaix.

La Bretagne est-elle un nouvel Eldorado pour La Chine ? On pourrait le croire suite à l'annonce surprise, du géant chinois du lait, Synutra. Son P-dg, Liang Zhang, a profité de la visite en Bretagne de l'ambassadeur de Chine, Zhai Jun, pour annoncer un nouvel investissement de 200 millions d'euros à Carhaix. Après plusieurs scandales sanitaires en Chine concernant le lait infantile, le groupe Synutra avait déjà décidé d'investir 160 millions d'euros pour installer une usine de poudre de lait à Carhaix. À l'époque déjà, les dirigeants vantaient la qualité du lait breton. Le premier camion-citerne de lait est entré dans l'usine pour des tests fin mars. 130 personnes travaillent aujourd'hui dans ce qui est désormais la première usine. « 40 nouveaux salariés arrivent d'ici deux mois en provenance d'Entremont. Fin 2016, nous serons 200. Le but est d'être 250 en rythme de croisière uniquement sur la première usine », explique Patrick Bischofberger, directeur général de Synutra France.




700 emplois prévus en 2020

Et donc, le géant chinois a décidé de ne pas s'arrêter là. Une deuxième usine, de lait UHT cette fois, va être construite à côté de la première. Une première tranche est prévue d'ici 2018 avec 100 millions d'euros d'investissement. La seconde tranche verra le jour en 2020, à nouveau 100 millions d'euros à la clé. « La première tranche de la deuxième usine produira 150.000 tonnes de lait par an. La seconde également. Avec les 100.000 tonnes de la première usine, nous atteindrons 400.000 tonnes en 2020 », précise Patrick Bischofberger. À terme, le P-dg de Synutra, Liang Zhang, prévoit 650 à 700 emplois. Sur le document présenté à l'ambassadeur, un bâtiment nommé « usine 3 » a également aiguisé bien des curiosités. « C'est un projet, pour plus tard », glisse le P-dg.




Port de Brest choisi

Et en ce jour de visite, la bonne surprise carhaisienne n'est pas arrivée seule. L'ambassadeur avait visité le port de Brest le matin même et au détour d'une conversation, le P-dg de Synutra lâchait que son entreprise avait choisi le port breton, avec celui du Havre, pour acheminer ses produits vers la Chine. Une bonne nouvelle pour l'équipement brestois géré par la CCI métropolitaine qui cherche à développer le trafic. Cette arrivée massive de capitaux chinois peut-elle profiter à l'ensemble de l'économie bretonne ? C'est en tout cas l'objectif. En mai dernier, des chefs d'entreprise de la délégation de Qingdao, ville avec laquelle Brest a noué un partenariat, rencontraient leurs homologues bretons en échange BtoB. On a notamment pu voir des représentants de la Sill, Intermarché, Laïta, Sodalec, Olmix, Pichon ou encore Rolland. Chez Even, à Ploudaniel, l'investissement de Synutra laisse pourtant dubitatif. « Nous avons de très bonnes relations avec Synutra, qui est l'un de nos clients, et cet investissement chinois pour traiter du lait breton est une bonne nouvelle. Mais plusieurs questions se posent, à commencer par la provenance de la collecte », s'interrogent Christian Couilleau et Guy Le Bars, respectivement directeur général et président du groupe coopératif. « Il faut aussi rester prudent vis-à-vis d'une possible sino-dépendance. De notre côté, nous misons sur des investissements bretons pour traiter du lait breton, et on préfère étaler les risques sur différents marchés pour ne pas risquer de dépendre d'un seul client ».




L'investissement chinois encore loin

L'investissement de Synutra est aussi un peu l'arbre qui cache la forêt. Les Chinois n'occupent pas les premières places des investissements étrangers en Bretagne. Selon Invest In Bretagne, en 2015, ils ne représentaient que 3 % des capitaux étrangers dans la région. Bien loin derrière les États-Unis, le Canada et la Belgique qui forment le trio de tête si l'on s'en tient aux investissements d'infrastructures. Ils sont toutefois présents au capital d'entreprises comme Dongfeng chez PSA ou bien encore Centigon (22), Alcatel (29) ou Minerve (56) qui vient cependant d'être mise en liquidation. « Nous observons que ces investissements en propre s'inscrivent dans un lien de clients. Pour Synutra, les Chinois étaient déjà clients de Sodiaal », rappelle Vincent Chamaret de Bretagne Commerce International. Et l'agroalimentaire, avec sa vitrine emblématique Synutra, pourrait être une porte d'entrée pour d'autres projets même si aucun autre n'est connu actuellement à court ou moyen terme. Toutefois, outre le lait, le porc via notamment les process intéresse les Chinois pour leurs propres sites. L'autre secteur scruté de près concerne les algues.




Visite de l'ambassadeur

L'histoire des Chinois avec la Bretagne n'est pas non plus toujours synonyme de succès. Ainsi la conserverie Minerve, dont l'actionnaire est chinois, vient d'être liquidée. L'entreprise emploie 75 salariés, évoluant soit sur le site de production de Quéven ou sur la plate-forme logistique de Quimperlé. Un différend les oppose actuellement à American Lorain, le propriétaire chinois de Minerve sur fond de versement de leur prime légal de licenciement qui n'atteindrait « que le minimum légal. »




Loin du cas de Minerve, la visite la visite de Zhai Jun, ambassadeur de Chine en Bretagne est un bon signe. « J'ai fait de la coopération décentralisée l'une des priorités des actions de l'ambassade de Chine. J'ai le projet de parcourir les treize régions françaises dans le courant de cette année. Et la Bretagne est la première région que je visite », a-t-il expliqué. Un choix que les responsables bretons veulent voir comme significatif.

Ségolène Mahias et Isabelle Jaffré

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