CCI Seine Mer Normandie : Une passation de pouvoir agitée

CCI Seine Mer Normandie : Une passation de pouvoir agitée

L'élection du 16 décembre dernier au sein de la nouvelle chambre Seine Mer Normandie, née de la fusion des CCI de Rouen, Elbeuf et Dieppe, a porté Claude Guez aux avant-postes. Le candidat commun du Medef et de la CGPME devra gérer une année de transition.

Une page de l'histoire consulaire rouennaise s'est tournée le 16 décembre dernier. À double titre. Primo, la CCI de Rouen, en tant que tel, s'est effacée pour laisser place à la CCI Seine Mer Normandie ; une entité née de la fusion entre les chambres de Rouen, Elbeuf et Dieppe. Secundo, le mandat du président en exercice, Christian Hérail, s'est conclu d'une manière que l'intéressé lui-même aurait probablement souhaitée différente. Élu pour la première fois en 1980 à la CCI de Rouen, il en était devenu président en 1999. Après avoir annoncé son retrait des affaires depuis plusieurs mois, il avait finalement pris la décision de se représenter pour un ultime tour de piste à l'occasion de l'élection partielle de décembre. Un scrutin « intermédiaire » qui devait voir les membres des bureaux des trois CCI réunies, élire un président de transition en attendant les élections consulaires de novembre 2016.




Christian Hérail battu au troisième tour de scrutin

Ce 16 décembre au matin, sous les ors du Palais des Consuls, Christian Hérail a trouvé sur sa route deux candidats à sa succession. Le président de la CCI de Dieppe Dominique Garçonnet, candidat de longue date, et Claude Guez, trésorier de la CCI de Rouen, candidat commun des deux syndicats patronaux Medef Rouen-Dieppe et CGPME. Au final, après avoir fait la course en tête lors des deux premiers tours de scrutin, Christian Hérail s'est finalement incliné (53 voix contre 47) face à Claude Guez, après le retrait du candidat dieppois. Au-delà du résultat en lui-même, c'est l'atmosphère dans laquelle s'est déroulée cette élection qui frappe. Car la décision du président rouennais sortant de se représenter in extremis en a surpris plus d'un. Quelques jours seulement avant le vote, Christian Hérail justifiait ainsi sa -probable- candidature : la mise à l'écart de celui qui avait été quelques mois plus tôt le candidat déclaré du Medef -adoubé par lui-même- Marc-Antoine Troletti, au profit d'un « ticket » Medef-CGPME incarné par Yves Kerouedan et Claude Guez, avait du mal à passer.






« Dans un esprit d'apaisement »

Dans l'ordre chronologique, c'est l'annonce faite par Marc-Antoine Troletti le 26 novembre dernier devant les élus de la CCI de Rouen, de son retrait, qui aurait décidé Christian Hérail à repartir à la bataille. « Dès cet instant, j'ai dit que je me réservais le droit de déposer ma candidature le jour du vote ! » Ce qu'il a fait. « Dans un esprit d'apaisement », justifiait-il alors. Soucieux, disait-il « de garantir l'unité » face à ce qu'il considérait comme une tentative de prise en main de la Chambre par les organisations patronales. Mais alors, pourquoi l'ancien président de la Fédération régionale des travaux publics, Marc-Antoine Troletti, a-t-il décidé de jeter l'éponge ? Interrogé, le principal intéressé se dit victime, au fond, de son étiquette de « candidat piloté par Christian Hérail ». « Le fait que j'apparaisse comme un électron libre leur a fait peur ; on me reproche notamment d'être peut-être trop proche de certains élus locaux socialistes ! Mais moi, j'ouvre ma porte à tout le monde, je suis pragmatique », se défend-il. Très impliqué dans la commission de rapprochement entre les trois CCI, il peaufinait sa candidature depuis le printemps dernier, sûr du soutien du Medef... Avant que les liens ne soient rompus au début de l'été. La rupture, le président du Medef Rouen-Dieppe Yves Kerouedan l'explique par le manque d'appétence des élus consulaires pour la candidature Troletti : « Marc-Antoine Troletti est le patron d'une entreprise de travaux publics qui dépend largement de la commande publique ; le risque de conflits d'intérêts s'il était élu a posé question », lâche l'ancien dirigeant du groupe Astera. C'était même, vu de la CGPME, un véritable casus belli. « Et puis c'est quelqu'un qui a une personnalité clivante », tranche Yves Kerouedan. Trop, visiblement pour les représentants du Medef et de la CGPME qui ont dès lors construit un ticket Kerouedan-Guez. Le premier pour présider la délégation consulaire de Rouen, le second pour prendre les rênes de la CCI Seine Mer Normandie.




En attendant les élections consulaires de novembre...

Depuis le 16 décembre dernier, c'est donc Claude Guez, le concessionnaire automobile rouennais, qui préside la nouvelle Chambre. Âgé de 69 ans, il assure qu'il ne se présentera pas en novembre prochain lors des élections consulaires. Pas plus qu'Yves Kerouedan, qui concède « un peu d'amertume » au vu des événements de décembre. Au final, il ne leur reste que quelques mois à peine pour faire émerger un candidat, dans un paysage consulaire marqué par la définition de nouvelles règles de parité, autant que par l'atteinte de la limite d'âge d'un certain nombre d'élus qui achèveront leur mandat en cours. S'il est à peu près certain que Dominique Garçonnet sera candidat, rien ne dit que Marc-Antoine Troletti ne le sera pas. « Je ne m'interdis rien ! Mais si je monte une liste, ça sera hors appareils », prévient-il.



Guillaume Ducable