La nature a horreur du vide... Quelques semaines seulement après l'annonce par Daniel Havis, le P-dg de la Matmut, de l'abandon par le groupe mutualiste Rouennais de son projet de Palais des congrès au coeur de la capitale Normande, le maire du Havre Édouard Philippe (LR) inaugurait devant une salle comble le Carré des Docks Le Havre Normandie. Un ensemble modulable avec une salle de congrès-spectacle de 2.100 places disposant d'une scène et de gradins rétractables, une salle plénière de 350 places offrant une vue imprenable sur le bassin Vauban, lieu de départ traditionnel de la Transat Jacques Vabre, ou encore une salle de réception de 900 m² divisible en trois espaces distincts.
Tout pour l'attractivité du territoire
La ville portuaire qui lance début 2017 une année de festivités pour marquer le 500e anniversaire de sa fondation par François Ier, complète méthodiquement depuis une dizaine d'années son offre pour devenir, selon le voeu de son maire, « une ville destination ». Aux Bains des Docks se sont ajoutés le Stade Océane en entrée de ville, un tramway inauguré en 2012 (également un 12 décembre !), une réfection globale du quartier des docks et de son offre commerciale et plus récemment un pôle universitaire de premier plan qui compte quelques fleurons tels l'ENSM (École Nationale Supérieure de la Marine), la délocalisation havraise de Science Po Paris et bientôt les bâtiments de l'EM Normandie.
Un spectacle « qui peut sembler surprenant » vu de l'extérieur, reconnaît Édouard Philippe, tant la ville du Havre peine encore à transformer son image industrielle et portuaire. L'objectif assumé de ce nouvel équipement est donc, là encore, « d'attirer et de fixer des gens qui viennent d'ailleurs et qui découvrent Le Havre ». Et dans cette stratégie globale d'attractivité, le tourisme d'affaires doit prendre toute sa place. Même au prix d'investissements conséquents.
Un investissement de 38 millions d'euros porté par les collectivités
Car avant d'ouvrir ses portes, le Carré des Docks aura nécessité pas moins de 38,1 millions d'euros d'investissements. Un budget assumé à parts égales (15 millions d'euros chacune) entre la ville du Havre et la communauté d'agglomération (Codah), et soutenu par la région Normandie (5,2 M?), le département de Seine-Maritime (2,6 M?) et l'Ademe (300 K?). Mais le jeu en valait la chandelle, estime le président de région Hervé Morin (NC) : « en Normandie nous sommes faibles, sinon mauvais, sur le tourisme d'affaires. Il existe peu de structure d'accueil et pourtant, les retombées sont deux fois plus importantes que celles du tourisme classique ! » L'élu qui cible précisément trois villes normandes -et pas une de plus !- où l'on peut développer « une offre globale en Normandie » : Caen, Deauville et désormais Le Havre.
Un concurrent pour Deauville ?
Et dans ce schéma global favorable au développement du tourisme d'affaires, Hervé Morin place au premier rang la question des infrastructures de transport : « quand on veut développer le tourisme d'affaires, il faut avoir des moyens de transport adaptés ». Soit un réseau ferroviaire et aéroportuaire de qualité, estime le président du Conseil régional. Une équation à laquelle le directeur général du Centre International de Deauville (CID) Jaques Belin rajoute un critère essentiel : « une homogénéité entre la capacité d'accueil du centre et la capacité hôtelière de la ville ». Un atout qu'offre la cité balnéaire et qui manque encore aujourd'hui au Havre, selon lui. « Ce critère ne me semble pas complètement rempli pour accueillir des congrès de dimension nationale et internationale ». Pour le reste, « un centre de congrès qui ouvre, c'est toujours une concurrence », reconnaît le directeur du CID. Davantage sur les événements régionaux, estime-t-il, qui représentent environ un tiers du chiffre d'affaires deauvillais. « Nous organisons près de 150 manifestations par an, dont une quinzaine de très importantes ; nous avons donc besoin des autres pour vivre ». Au final, ce que Jacques Belin redoute le plus, « c'est le dumping en matière de tarifs, car là, tout le ponde est perdant ! »