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Carbone Savoie veut construire un démonstrateur industriel en Savoie
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Carbone Savoie veut construire un démonstrateur industriel en Savoie

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Alors que 98 % de la production de piles de batteries électriques provient de Chine, l’Europe entend reprendre son indépendance énergétique. C’est tout l’objet de « l’Airbus de la batterie ». L’entreprise Carbone Savoie (Rhône et Savoie) s'oriente vers ce marché de la poudre de graphite pour batteries électrique et entend augmenter ses capacités de production. L'usine qui inaugure un nouveau four de cuisson pour un investissement de 11 millions d'euros et une machine à affranchir de 4 millions d'euros sur son site savoyard est sur le point d'être cédée par son actionnaire Alandia. 

Le four de cuisson installé sur le site de Carbone Savoie à Vénissieux a représenté un investissement de 11 millions d'euros — Photo : Audrey Henrion

Cette entreprise centenaire reste dans la course. Carbone Savoie (CA 2019 : 128 M€ / 25,5 M€ d'Ebitda / 17,8 M€ de résultat net), qui emploie 400 salariés à Notre-Dame-de-Briançon (Savoie) et Vénissieux (Rhône) et qui a bien failli mettre la clé sous la porte en 2016 avec 15 millions d’euros de pertes, vient de rejoindre l’« Airbus de la batterie » pour y produire de la poudre de graphite pour batterie lithium-ion.

Sous une impulsion franco-allemande, la Commission Européenne coordonne cet immense programme de subvention (IPCEI Batterie) de près de 6 milliards d’euros, qui vise à garantir l’indépendance technologique de l’Europe vis-à-vis de l’Asie, et notamment de la Chine, sur la technologie des batteries lithium-ion pour véhicules électriques. La France s’est d’ores et déjà engagée à débloquer 900 millions d’euros pour soutenir ses leaders.

Un soutien au dernier fabricant français de graphite synthétique 

Carbone Savoie a rejoint in extremis l’« Airbus de la batterie ». « Nous n’étions pas sur la liste d’embarquement », plaisante Bruno Gastinne, le président de la CCI de Savoie et du conseil de surveillance de l'entreprise. La Commission Européenne ayant identifié cinq matériaux stratégiques pour les batteries lithium-ion (lithium, cobalt, manganèse, nickel et graphite), la France a « choisi de soutenir le dernier fabricant français de graphite synthétique », estime Sébastien Gauthier, président de Carbone Savoie et actionnaire d'Alandia, le fonds entré au capital de Carbone Savoie en 2016. Aujourd’hui, 98 % de la production de graphite de batterie est produite en Chine « dans des conditions environnementales désastreuses », assure-t-il.

20 M€ investis en 2020

Pour rattraper le retard considérable, Carbone Savoie, reprise par le fonds Alandia Industries en 2016, met donc les bouchées doubles. Au total, 20 M€ ont été investis en 2019. Le nouveau four industriel pesant 11 M€ d’investissement a été inauguré le 20 février par Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Investissement auquel s’ajoutent, pour cette même année 2019, 4 M€ pour la modernisation des installations et 6 M€ pour l’amélioration de la productivité via l’automatisation de certaines tâches.

Si l’aluminium représente encore 85 % de la production de Carbone Savoie et le graphite de spécialité 15 %, le graphite pour batterie lithium-ion montera en puissance dans les années à venir. Cette poudre de graphite, nécessaire en quantité très importante – 70 kg dans une voiture électrique haut de gamme Tesla par exemple – est utilisée comme anode dans les piles électrolyse des batteries lithium-ion. Avec le développement de nouveaux modèles de véhicules électriques, les industriels estiment qu’à horizon 2025 « 100 000 tonnes de graphite synthétique seront nécessaires en Europe pour alimenter les usines de cellules lithium-ion en cours de construction (LG Chem, CATL, Tesla, SAFT…) » indique Sébastien Gauthier.

Gains énergétiques

L’enjeu est triple pour Carbone Savoie : fournir l’industrie automobile en graphite de très haute qualité, « moins cher que les produits chinois et divisant par dix l’empreinte carbone du procédé grâce notamment à une source d’électricité hydraulique », décrit le dirigeant. Grâce à ce nouveau four, qui a nécessité 180 000 heures de travail sur le site de Vénissieux, l’usine réalise quelque 10 % de gain sur les coûts de revient et plus 40 % de gain sur la consommation énergétique.

Et d’ici 2021, l’industriel compte « au moins tripler les investissements en R & D (2 M€ aujourd’hui) et porter à plusieurs dizaines de millions d’euros les investissements nécessaires à la construction du démonstrateur industriel sur le site de Notre-Dame de Briançon. « Grâce à ce démonstrateur et dès que nous aurons qualifié les clients qui vont participer à cet "Airbus de la batterie", nous enclencherons la deuxième phase des investissements productifs pour fournir d’ici 2025 quelque 15 000 tonnes de poudre de graphite pour batterie lithium-ion, en plus des 24 000 tonnes actuelles qui servent l’aluminium et les graphites de spécialité » indique le président. A une nuance près cependant : Alianda est sur le point de céder Carbone Savoie. Le closing pourrait avoir lieu cet été puisqu'un conseil de surveillance devait évoquer ce sujet fin mars. Pour Sébastien Gauthier, cette vente ne fera pas dévier l'entreprise de ses rails. Elle devra quoiqu'il arrive recruter « considérablement », dit-il : 30 % de cadres et 70 % d’ouvriers qualifiés.

« Nous travaillons à développer l'activité poudre de graphite pour augmenter nos capacités et reprendre un rythme de conquête industrielle autour de la poudre de graphite pour batterie », explique Sébastien Gauthier.

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