C : Laguerre : « Une entreprise, c'est instable »
# Conjoncture

C : Laguerre : « Une entreprise, c'est instable »

Le président du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) de Haute-Normandie, Christophe Laguerre analyse la situation économique régionale et témoigne des solutions qu'il met en oeuvre dans son entreprise pour gagner des parts de marché.



Vous dirigez une entreprise de peinture industrielle. 2013 aura-t-elle été une bonne ou une mauvaise année pour vous ?


L'entreprise que je dirige (Établissements Laguerre) s'en sort plutôt bien, mais je constate que je dois déployer une énergie folle pour simplement maintenir la situation. Nous évoluons dans un marché qui s'effondre depuis longtemps déjà. Beaucoup d'acteurs de ce secteur sont aujourd'hui en situation de détresse, comme dans l'imprimerie notamment.
Dans ce contexte, comment tirer son épingle du jeu

?
Aujourd'hui, la priorité, c'est de pouvoir s'assurer que mes clients vont pouvoir payer. C'est de la gestion de bon père de famille qui passe par l'utilisation d'outils indispensables comme les solutions d'assurance-crédit : clairement, je me sers des informations de scoring pour ne pas être le dernier qui se fera planter ! C'est un domaine dans lequel nous avons toujours fait très attention, suite notamment à une grave déconvenue avec l'un de nos plus importants clients. Et nous sommes devenus encore plus vigilants qu'avant.
Quelle recette appliquez-vous dans votre entreprise ?
Il faut investir, savoir prendre des risques. Pour ma part, je poursuis une stratégie de croissance externe engagée il y a plusieurs mois de cela. Mais ce n'est pas la panacée car il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte : il ne faut pas acheter trop cher, acheter des parts de marché sans trop de charges... Ce qui fait que chaque opération est un cas particulier.
Au-delà de la croissance pour la croissance, quel objectif visez-vous ?
Pour l'entreprise que je dirige, l'objectif est de diversifier notre activité dans des domaines qui ont le vent en poupe comme l'étanchéité des bâtiments ou encore les produits de traitement des effluents pour les industriels. Il s'agit aussi et de rendre nos équipes polyvalentes. On essaye pour cela d'avoir une vision à long terme, mais dans les métiers c'est extrêmement compliqué car il existe des enjeux déterminant tel le coût de l'énergie que nous ne maîtrisons pas. De la même manière les attentes de nos clients sont plus fortes en terme de qualité et de service alors qu'ils deviennent dans le même temps beaucoup plus volatils. Mais au final, on peut dire qu'une entreprise est par définition instable !
Quel est aujourd'hui l'état d'esprit des chefs d'entreprise que vous côtoyez ?
Je suis pour ma part plutôt optimiste de nature, mais j'en vois très peu autour de moi qui le sont. Est-ce le résultat d'un ras-le-bol général ou plus simplement les mauvais chiffres de leur propre entreprise, c'est difficile à dire. Ce que je note, c'est qu'il y a beaucoup d'inquiétude. Dans les réseaux de chefs d'entreprises, on s'affiche rarement en disant : je vais mal ! Les dirigeants ont d'ailleurs parfois du mal à connaître la situation réelle de leur entreprise car pour cela il faut disposer d'indicateurs pertinents : coût de revient, rentabilité, état du carnet de commande... Là se pose réellement la question de la professionnalisation des dirigeants d'entreprises. Certaines lacunes peuvent expliquer un manque de réaction dans certains cas. Former les dirigeants, c'est d'ailleurs le credo du CJD. Il faut apprendre à se poser les bonnes questions sur son métier de dirigeant.
Comment jugez-vous l'action du gouvernement face à la crise économique ?
D'une manière générale, les chefs d'entreprises s'accordent pour constater l'inertie de la classe politique dans son ensemble. Le manque de considération vis-à-vis du monde de l'entreprise est très durement ressenti. Quant aux mesures gouvernementales... Si le CICE, par exemple, était facile et rapide, toutes les entreprises s'en seraient emparées ! IL aurait été plus simple de faire une baisse des charges.

Propos recueillis parGuillaume Ducable

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