Bretagne : Trois scénarios pour 2040...

Bretagne : Trois scénarios pour 2040...

Les quatre agences d'urbanisme de Bretagne, Côtes-d'Armor Développement en tête, ont publié leur vision de la région à l'horizon 2040, selon trois scénarios basés sur des analyses de la Datar. Avec ou sans Nantes, avec ou sans grand aéroport, on choisira sa version.

Le document tient en 33 pages. Pour la première fois, les quatre agences d'urbanisme de Bretagne (Audiar Rennes, Côtes d'Armor Développement, Audélor Lorient et Adeupa Brest) ont réalisé un travail collaboratif « en réseau », avec le soutien du conseil régional, sur la vision de la Bretagne en 2040. Il s'appuie sur « une relecture » de scénarios livrés par la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale (Datar).




Huit enjeux majeurs

L'étude relève huit enjeux majeurs déjà connus pour la Bretagne : inscription du territoire dans les réseaux métropolitains internationaux ; rôle des villes moyennes dans l'armature urbaine bretonne ; attractivité résidentielle et touristique ; mutation de l'économie productive ; espace marin et littoral ; qualité de l'eau ; transition énergétique bretonne ; inégalités territoriales. « La présence de deux métropoles reconnues par la loi dans la région constitue un atout considérable », lit-on encore. Rennes et Brest peinent pourtant encore à attirer, par exemple, des investisseurs étrangers. Autrement dit dans l'étude : « L'oxygène métropolitain se fait rare à l'altitude de Rennes ou de Brest. »




Une image parfois restrictive

En matière de tourisme,

la région bénéficie d'une « certaine notoriété », avec l'image d'une destination familiale, estivale et bon marché, certes. Mais « s'agit-il de maintenir cette spécificité ou de viser d'autres clientèles ? », s'interrogent les agences d'urbanisme qui préconisent : « Dans un contexte marqué par l'internationalisation des destinations, la crise économique et l'augmentation des exigences des visiteurs, il apparaît difficile de ne pas élargir la gamme des services proposés. L'objectif est bien de renouveler la clientèle tout en modifiant l'image parfois restrictive de la destination Bretagne. »






« Le piège de la compétitivité par les coûts »

Ces remèdes sont souvent connus et répétés, comme ceux d'un développement équilibré et de la sortie de l'économie bretonne du « piège de la compétitivité par les coûts », qui passe par un investissement massif dans l'innovation. Au-delà du diagnostic, cette nouvelle publication pose des « scénarios prospectifs » qui intéresseront les Bretons. « Il est tentant de penser que la Bretagne trouverait davantage sa place dans le scénario ?Reconstruction industrielle verte? (versus " Citadelle ") où certains territoires profitent d'une transition écologique vers ?un modèle économique vert et durable? ou dans celui de ?l'Effervescence? basé notamment sur l'innovation et l'entrepreneuriat local. »




Quelle gouvernance ?

En terme de gouvernance, trois orientations sont possibles selon l'étude : « Les régions s'imposent comme l'échelon principal de la décentralisation et les politiques régionales et locales s'accentuent dans les domaines industriels, de l'énergie et de l'aménagement du territoire ; ou la raréfaction des ressources publiques débouche sur une hypercentralisation des moyens et de la décision dans les grandes métropoles ; ou encore la région ne s'impose pas et l'absence de leadership favorise le repli sur soi au niveau local. »




Trois hypothèses avec ou sans Nantes...

Première hypothèse : « Rennes et Brest se sont associées à Nantes pour se hisser au rang des métropoles européennes les plus attractives. » Le territoire est équilibré, avec des villes moyennes qui jouent un rôle actif. « Le littoral breton n'est qu'un espace de loisirs à l'échelle européenne, la Bretagne devient la plateforme de services délocalisés de l'Ile-de-France et exploite à fond l'or bleu marin et l'or gris du littoral. » Ce scénario rappelle la Glaz économie si chère à la majorité actuelle... Revers de la médaille : « Les inégalités s'accentuent. L'urbanisation galopante dilue les espaces de faible densité qui deviennent des parcs résidentiels mettant en péril les ressources », notamment en eau. Deuxième hypothèse : l'association Rennes-Nantes, dont « l'aéroport Notre-Dame des Landes constitue la principale entrée » (sic) permet de se hisser au rang des métropoles européennes les plus attractives. Revers : « Les villes intermédiaires se dévitalisent et sont progressivement abandonnées par les populations actives. » Troisième hypothèse : « Le processus de métropolisation s'étend sur tout le littoral. Ponctuellement, diffusion de certaines fonctions métropolitaines. » Dans ce scénario, le retour au local et les circuits courts ont toute leur place, mais la Bretagne apparaît isolée et « en rupture » avec le modèle des grandes métropoles interconnectées. Scénario catastrophe pour certains : « Rennes et Brest ont ?décroché?. L'aéroport du Grand Ouest ne verra sans doute jamais le jour et l'effet TGV n'a pas eu les effets escomptés... » De ces trois scénarios, chacun se fera finalement sa propre opinion, en fonction de ses convictions, souvent militantes, et de ses intérêts.



Géry Bertrande


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