Il pensait acheter un site industriel clé en main. Nicolas Boittin a dû faire beaucoup de travaux pour transformer l'ancien site de Thalès à Châteaubourg en data center. L'assemblage d'éléments d'avions et le cloud (« nuage ») ne font pas bon ménage. Et il reste encore du boulot pour héberger toutes les salles qu'il veut encore y installer.
Six salles pour héberger 10.000 serveurs à terme
À ce jour, la première salle informatique de 40 baies, « remplie aux trois quarts », est réalisée et inaugurée (c'était le mois dernier). « Nous entamons la deuxième tranche de 40 baies également, en janvier. » Nicolas Boittin est en passe de réussir son pari : équiper six salles. Chacune représente un investissement de 400.000 euros. La capacité totale de ce site sécurisé sera alors de 10.000 serveurs clients. À ce jour, il a par exemple 1.200 sites web en gestion et seules quatre fibres activées sur les 100 qu'il peut utiliser. Ses clients sont des entreprises et collectivités régionales de taille moyenne qui lui confient la gestion de leur informatique (web, téléphonie...). Et l'entrepreneur de 37 ans de faire un clin d'oeil à la Région Bretagne qui a confié son cloud... au géant américain Amazon.
Quatre millions investis
Pour s'offrir Châteaubourg, Bretagne Télécom investit deux millions d'euros en 2013, dont 1,5 de crédit-bail et 500.000 euros d'aides des collectivités. Soit autant en une année que ce qu'il avait déboursé sur la période 2006-2012 pour lancer son activité, avec le soutien des fonds Amundi et Ouest Ventures (1,65 M€). Auparavant basé sur 400 m² à Saint-Gilles, Nicolas Boittin a désormais 2.200 m². Il visait Cesson-Sévigné, « l'arrête dorsale de l'internet breton », mais les prix immobiliers l'en ont dissuadé. Il a quand même profité du chantier du nouveau château d'eau cessonnais et de la tranchée jusqu'à Châteaubourg pour passer ses propres câbles réseaux. Une aubaine ! Parmi ses autres travaux, il a notamment fallu changer le système de défense incendie. Pas d'eau sur des serveurs, mais du gaz ! Et un taux de consommation énergétique réduit de 35 % : on ne refroidit plus la salle entière mais un couloir où sont positionnées les baies. « Nous nous sommes équipés en solutions dernier cri pour économiser de l'énergie », souligne aussi Nicolas Boittin. Son objectif : « devenir le premier opérateur télécom régional indépendant ». Aujourd'hui, il se positionne au 8e rang, d'après ses calculs. Nicolas Boittin, qui déclare être « rentable depuis 2010 », dit avoir copié son modèle aux États-Unis. « Le marché du cloud décolle. Nous sommes sur une activité de récurrence et avons une croissance de 25 à 30 % par an. Il fallait qu'on ait rempli 25 baies pour être au break-even », confie-t-il.
Cap sur 9 M€ de CA en 2015
Son chiffre d'affaires est en effet passé d'1,4 M€ en 2006-2007 à 3,7 M€ en 2010 pour atteindre 5,5 M€ l'an passé. Cette année, il devrait grimper à 6,2 millions et même à 8 ou 9 millions à horizon 2015. Le cloud est aussi pourvoyeur d'emplois. L'effectif a grossi en conséquence. Ils étaient 25 l'année dernière, pour 33 personnes aujourd'hui. « Nous effectuons en moyenne dix embauches par an », des ingénieurs et techniciens pour la plupart. C'est le plan encore prévu pour 2014.
Géry Bertrande
Informatique À Châteaubourg, Nicolas Boittin adapte petit à petit l'ancien site industriel de Thalès en pôle majeur de l'internet et du cloud. Une mutation pas facile.