Le Journal des Entreprises : Quel est l'état de la filière navale en Bretagne ?
Bruno Pivain : D'un point de vue compétitivité, la situation est quand même de plus en plus tendue, et la concurrence est rude. Mais malgré tout, on voit que la filière est au rendez-vous. Il y a une réelle dynamique régionale : les dirigeants ont une bonne vision stratégique qu'il est important de partager, et une réelle volonté d'aller de l'avant. La capacité d'infrastructure bretonne est une vraie richesse à condition que les sites soient maintenus en état et s'adaptent aux évolutions nécessaires pour rester compétitifs. Car en coût de réalisation, nos entreprises bretonnes sont clairement compétitives. Alors bien sûr, la conjoncture actuelle est compliquée, mais on y croit ! Nous sommes un cluster d'industriels, il faut que ça avance !
Comment faire face à la concurrence, notamment étrangère ?
B.P. : En premier lieu, il faut que les choses soient unifiées le plus tôt possible au sein de l'Union Européenne, notamment en terme de droit du travail et de fiscalité. Ce qu'on attend le plus, c'est la simplification administrative, car le temps passé dans ce domaine pourrait être utilisé pour des plans d'action opérationnels. La deuxième chose, c'est le soutien financier : il faut absolument que les banques soutiennent les plans de développements des entreprises. Pour résumer, si on parle de financement et de simplification administrative, on a pratiquement fait le tour des deux sujets les plus problématiques de la filière. Ensuite, il faut continuer à travailler sur notre compétitivité et notre force collégiale bretonne. C'est peut-être un peu chauvin, mais je ne connais pas d'autre région au monde avec autant de savoir-faire et de compétence dans le domaine naval.
Selon vous, l'avenir passe aussi par l'innovation et l'international ?
B.P. : Effectivement, il va falloir aller de plus en plus vers l'export et l'innovation industrielle au sens large. On n'a pas le choix. Il faut développer la valeur ajoutée de nos sociétés. On ne peut pas rester sur des prestations "classiques" ou à faible valeur ajoutée : il faut se diversifier et répondre à des besoins de manière globale. La cyclicité de notre secteur fait que les périodes de faible activité peuvent mettre en danger les entreprises. Il faut donc se diversifier afin de passer ces creux de charge le mieux possible. Il faut par exemple continuer à se donner les moyens d'investir dans la R & D et renforcer les échanges inter-clusters qui peuvent créer des échanges de richesse.
Comment la BPN peut-elle y contribuer ?
B.P. : La BPN vient de se voir confier une partie du déploiement opérationnel du programme Océans 21 en Bretagne, programme qui vise à renforcer la compétitivité de la filière navale française. Il s'agit d'un élément majeur pour continuer à être au plus proche des entreprises et les aider à définir des plans d'action. Nous avons aussi prévu une action dans le domaine de l'Oil & Gas en Afrique au cours de second semestre. Nous avons également réalisé une maquette interactive de bateau rassemblant l'ensemble des savoir-faire bretons. Elle montre bien que nous avons absolument toutes les spécialités pour réaliser des projets complets en Bretagne. Par ailleurs, nous venons de créer un groupe de travail pour l'élaboration d'une plaquette recensant toutes les technicités de nos sociétés, ainsi qu'un autre pour la réalisation d'un schéma industriel pour des éléments d'éolien offshore flottant. Nous allons également lancer un label, qui sera un gage de qualité et de réactivité vis-à-vis des clients et des donneurs d'ordres. Ce label est important car il va nous permettre de nous poser les bonnes questions entre nous. Même si par moments nous sommes en concurrence les uns avec les autres, quand on regarde de près, on a tout intérêt à travailler en synergie car nous sommes très souvent complémentaires. C'est d'ailleurs ce qui peut nous avantager !