Brest : UIMM 29 : « Brest est aussi industrielle ! »
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Brest : UIMM 29 : « Brest est aussi industrielle ! »

Au-delà des géants tels que Thalès et DCNS, le tissu industriel brestois est diversifié et parvient à maintenir son activité malgré la crise. Le point de vue de René Talarmin, secrétaire général de l’Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie du Finistère.

René Talarmin, quel est l’état de l’industrie à Brest ?
On a de belles entités et le territoire résiste relativement bien à la crise. On pense souvent à Brest comme à une ville de fonctionnaires, mais c’est aussi une ville industrielle, et pas uniquement tournée vers la mer ! Notre syndicat regroupe ainsi plus de 160 entreprises qui emploient environ 12.500 personnes. Il y a de la métallurgie, bien sûr, qui représente 60 % de l’activité, mais aussi de la chaudronnerie, de la mécanique, de l’électronique, de la construction navale, de l’agroalimentaire, du BTP, etc. Sans compter la multitude de TPE et de PME qui gravitent autour.
En terme d’emploi, les opérateurs représentent 51 % des salariés, les techniciens sont à 25 %, les cadres à 10 %, - ce qui n’est quand même pas mal-, tout comme les employés qui sont eux aussi à 10 %. Il faut aussi souligner le fait que le Finistère dans son ensemble est parmi les cinq départements français où l’industrie s’est maintenue ou développée ces vingt dernières années.

À quoi attribuez-vous cette bonne résistance de l’industrie finistérienne face à la crise ?
Je pense que cela tient notamment à notre faible dépendance à l’automobile, mais aussi au fait que nos entreprises travaillent dans plusieurs secteurs d’activité et sont bien dispersées sur le territoire. Par ailleurs, l’effet DCNS est évident, avec le programme de maintenance des sous-marins nucléaires qui mobilise jusqu’à un millier d’emplois en période de pic et en induit de nombreux autres.
Mais l’horizon n’est pas tout à fait dégagé, car il faut penser à ce qui adviendra une fois que tous les sous-marins français auront été refondus. De la même manière, l’électronique de défense se porte mieux que l’électronique grand public. Je pense bien évidemment à Thalès, qui emploie 1.500 personnes sur son site brestois. Là encore, les contrats récents pour l’achat de Rafales auront des effets positifs sur l’emploi. On constate aussi régulièrement un phénomène de compensation : quand un secteur va moins bien, il arrive souvent qu’un autre prenne le relais. Notre point fort tient aussi aux évolutions dans le domaine de l’agro-équipement.

Il y a certes de moins en moins d’agriculteurs, mais il y a toujours autant d’hectares à travailler et d’animaux à élever, ce qui passe par davantage de mécanisation. Des entreprises de chez nous, comme Pichon, ont ainsi réussi à se retrouver sur des secteurs de niches. Bien sûr, on a toujours quelques points délicats, comme la fermeture programmée de Jabil, mais d’une façon globale, l’emploi est relativement stable. Un autre avantage de Brest est son offre de formation, - qu’elle soit initiale, continue ou en alternance -, qui n’a pas d’équivalent en France. Entre l’UBO, les six écoles d’ingénieurs, l’IUT, et j’en passe, Brest dispose de l’un des plus gros campus français quand on le ramène au nombre d’entreprises et d’habitants. Les collaborations sont par ailleurs excellentes entre l’enseignement supérieur et les entreprises.
Côté métallurgie, par exemple, Brest est la troisième ville de France en terme d’alternants dans les entreprises industrielles, et elle en attire beaucoup qui viennent de l’extérieur.

Quelles sont vos propositions pour soutenir l’industrie à Brest ?
Notre éloignement géographique est à la fois un avantage et un inconvénient. Il nous impose d’être compétitifs, car on sait qu’il faut bouger pour rester dans la course. L’un des challenges de Brest sera de sortir du lien qui l’a toujours unie à l’armée, qui est structurant mais peut aussi être un frein. Il reste aussi des choses à faire pour que le cœur de la métropole ne se développe pas au détriment de la périphérie.

Sur un autre plan, on parle d’un millier d’emplois attendus dans le domaine des EMR, mais il s’agira en partie de transferts, car on peut penser que des acteurs comme DCNS vont se déporter dans ce domaine. Et puis l’industrie brestoise ne se limite pas à l’eau de mer… Quoi qu’il en soit, c’est avant tout aux industriels de se prendre en main. L’un des gros défis est de recréer un pool capitalistique qui retrouve ses ressources dans l’actionnariat local, car nous n’avons plus de véritable capitaine d’industrie. Par ailleurs, la politique foncière serait peut-être à revoir, car on a le sentiment que ce n’est pas facile d’obtenir des terrains.

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