« Quand vous êtes aux affaires, quand vous pilotez votre entreprise, vous pensez que quoi qu'il arrive, vous rebondirez, qu'on vous tendra la main... Mais c'est faux. La majeure partie de votre réseau se désintéresse complètement de votre sort lorsque vous n'avez plus " d'utilité " sociale. On vous souhaite bon courage et cela s'arrête là. Très difficile à accepter. J'ai cumulé divorce, liquidation, RSA... La totale quoi ! ». Christophe Jouvhomme, chemisette aux tons clairs et sourire aux lèvres, revient aujourd'hui sereinement sur son passage à vide, entre 2014 et 2016. Son agence de voyages, IVO (CA : 1 millions d'euros en 2012 avec une quinzaine de salariés) s'était alors crashée en plein envol alors qu'elle se lançait dans un projet porteur avec Sogo, une plateforme de voyages sur mesure à destination principalement des comités d'entreprises. Des recrutements nombreux étaient à l'ordre du jour avec des perspectives de chiffre d'affaires laissant entrevoir à Christophe Jouvhomme un avenir teinté de rose. Sauf que c'était sans compter sur le départ d'un client historique et très important. Sans compter aussi sur le clash avec les nouveaux actionnaires de l'entreprise.
Rebond
« Après cet échec, je me suis laissé le temps de voir si je pouvais retrouver un poste salarié. Mais impossible. Les recruteurs en face de vous pensent qu'un ancien chef d'entreprise est forcément ingérable ». Un peu plus d'un an après la liquidation de son entreprise, Christophe Jouvhomme a donc décidé de reprendre son bâton de pèlerin et de porter un nouveau projet entreprenarial. Toujours accompagné par son mentor, le conseiller financier Yves Perrin.
Un voyage sur mesure
« Nous sommes repartis avec le projet de Sogo, mais en l'améliorant très nettement et en nous adressant non plus aux comités d'entreprises, mais aux particuliers directement. Nous avons fait le constat suivant : 74 % des touristes disent que l'aspect le plus stressant de leurs voyages concerne l'organisation, les réservations... Ma plateforme va gérer cela pour eux ». Par exemple, un client va indiquer qu'il voyage en famille avec un enfant de 5 ans et qu'il souhaite un séjour parisien axé sur les monuments historiques.
Booktrip.fr, c'est le nom de la plateforme créée par Christophe Jouvhomme, va lui fournir un planning précis de son séjour, avec timing et réservations clés en main de ses activités. Chaque planification de séjour coûtant 0.99 centime au client, le prix de la tranquillité selon le fondateur de Booktrip. Le client peut également positionner lui-même ses activités et bénéficier de la même façon du clés en main, ou plutôt tickets en main. « Ces tâches administratives réalisées par les agences de voyages prennent du temps au professionnel sans plus value financière ou qualitative. Tout cet aspect est traité automatiquement par les algorithmes de Booktrip.fr développés par mes prestataires parisiens », vante Christophe Jouvhomme. Et comme il a appris de ses précédentes erreurs, pas question de recruter à tour de bras pour créer des centaines de choix d'activités possibles à travers la planète et négocier directement avec les exploitants, l'entrepreneur s'appuie cette fois sur des intermédiaires, des agences de voyage ayant pignon sur rue à l'étranger et intégrant directement sur la plateforme les activités qu'elles proposent. « J'ai déjà signé avec 31 agences réceptives présentes sur 35 pays ». Le business model repose sur la vente de l'utilisation de la plateforme et non sur la marge réalisée sur la vente d'activités.
75 recrutements
Créée juste avant l'été, Booktrip a son siège social à Saint-Vulbas dans l'Ain, « une zone particulièrement accueillante », souligne Christophe Jouvhomme sans plus commenter ses échanges avec des partenaires stéphanois. La V1 sera lancée en février 2018, la V2 en septembre. En attendant, Booktrip.fr a décroché le label FrenchTech de la Plaine de l'Ain et a obtenu une subvention de 20.000 euros pour créer son cahier des charges et son test concept. « Nous avançons pas à pas, prudemment. Chat échaudé... ». Une deuxième aide BPI de 50.000 euros a été demandée pour le développement à laquelle devrait s'ajouter une levée de fonds de 30.000 euros auprès d'investisseurs, stéphanois probablement. « À terme, l'objectif serait d'attirer un fonds d'investissement, pourquoi pas Bpi Tourisme... Le marché mondial de la vente d'activité est tout de même estimé à 100 milliards d'euros ! ». L'entrepreneur, en rebond, ne veut pas s'avancer sur des objectifs de chiffre d'affaires mais annonce sur cinq ans, 75 recrutements.