Bien moins connues que leurs voisines écossaises ou irlandaises, une vingtaine de distilleries régionales françaises ont réussi à séduire les amateurs de blend ou de single malt, avec leurs whiskies « made in France ». Parmi elles, Warenghem, Glann Ar Mor, Les Menhirs en Bretagne, Grallet-Dupic en Lorraine, Northmaen en Normandie, Meyer et Bertrand en Alsace, Guillon en Champagne, Mavela en Corse, Les Hautes-Glaces en Isère. En créant Black Mountain Compagnie, quatre entrepreneurs toulousains - Cédric Leprette, Pierre Lepetit, Laure Maurin-Segonne et Jacques Rossi - ont décidé, eux aussi, de tenter l'aventure, pour combler l'absence d'offre dans le quart Sud-Ouest. Leur entreprise, basée à Anglès (81), a levé 250.000 euros en juin dernier auprès de 31 investisseurs privés convaincus par les études de marché et de faisabilité réalisées. « Cette levée de fonds avait deux finalités : financer l'activité actuelle et préparer un projet de distillerie », souligne Cédric Leprette, l'un des associés fondateurs. Pour l'heure, Black Mountain Compagnie commercialise Black Mountain N°2, un blended whisky affiné dans le Sud-Ouest, premier de la gamme Black Mountain Selection. Soucieux de ne pas tromper le consommateur, les dirigeants de la société précisent que « ce whisky est issu d'un assemblage de whiskies importés, dont le taux d'alcool est abaissé de 62 à 40 % volume par l'apport d'eau de source de la Montagne Noire. Il est ensuite porté à maturité dans des fûts précédemment utilisés pour le vieillissement d'Armagnac. »
La patte de Robert Léauté
Ces étapes, réalisées par Stephan Mao au Domaine de Lassalle de Batz (32), ont aussi été supervisées par Robert Léauté, « nez » mondialement connu dans le domaine des spiritueux. « Nous voulions faire un bon produit sur le plan gustatif et pas juste du marketing ; Robert (Léauté) a réussi quelque chose qui est au-dessus de ce que nous avions imaginé », se réjouit Cédric Leprette, qui avance le nombre de 2.000 bouteilles de Black Mountain N°2 vendues en deux mois (sur 6.000 embouteillées) auprès de cavistes et restaurants de la région. Et d'ajouter : « La prochaine étape consiste à développer le réseau de distribution dans le grand quart Sud-Ouest. Ensuite, nous voulons développer d'autres produits et d'autres gammes. » La commercialisation du Black Mountain N°1 est d'ailleurs prévue cet été, tout comme le lancement d'un premier produit pour la grande distribution, aux alentours de 25 euros (contre 35 euros pour le Black Mountain N°2, par exemple). « Si nous vendons entre 12.000 et 15.000 bouteilles au cours de cette première année, nous serons dans les clous », estime-t-il. De quoi conforter en tout cas la pertinence du projet de création d'une distillerie à Fraïsse-sur-Agout (34), telle que l'ont pensée les quatre associés. Une deuxième levée de fonds de l'ordre de trois millions d'euros sera nécessaire, l'objectif étant de la mettre en service en 2015, pour pouvoir commercialiser des whiskies 100 % made in Sud-Ouest en 2018.
Vins et spiritueux Trente-et-un investisseurs privés ont participé à la première levée de fonds des quatre créateurs de Black Mountain Compagnie.