Aux dires d'habitants de Redon, impossible de trouver un briquet Bic dans le commerce local. C'est pourtant ici qu'est fabriquée la moitié de la production mondiale de briquets Bic, soit 3,3 millions de briquets par jour, dans la seule usine française de briquets à pierre du groupe familial depuis 1975. Un comble ! « 98 % partent à l'export et 90 % hors de l'Europe », indique Éric Bloche, directeur administratif du site. La concurrence étrangère, surtout chinoise, fait rage jusqu'aux portes de la discrète usine bretonne baptisée du nom de code « BJ75 ».
Extension de 10.000 m² Pour rester dans la course, l'unité de production de Redon doit s'agrandir. Sur place, des travaux ont déjà commencé : « Nous sommes en train de construire un bâtiment de 10.000 m² », note Éric Bloche. Insuffisant. « Nous sommes au maximum de la capacité autorisée par la préfecture. Nous ne pouvons plus augmenter nos stocks de gaz ni notre production. Nous nous retrouvons dans une situation qui handicape l'augmentation de notre production », précise-t-il, mis en concurrence avec d'autres sites que possède Bic dans le monde. « Si nous perdons une commande, elle ira en Espagne, au Brésil ou aux États-Unis. Une commande partie ailleurs est perdue... » À jamais, semble-t-il. D'où la nécessité d'augmenter les capacités du site breton, au taquet. À son lancement, son fondateur François Bich - aujourd'hui à la tête de la division briquets (sa famille a 43,1 % du capital) - ambitionnait le succès au seuil de 300.000 briquets. C'est dix fois plus aujourd'hui. Il y a dix ans, Bic avait anticipé cette hausse en demandant des autorisations très larges pour son site classé Seveso seuil haut depuis 2000. Impossible aujourd'hui d'étendre son site historique rattrapé par l'urbanisation. « Nous avions essayé d'acheter tous les terrains autour mais nous n'avions pas pu à cause des zones vertes et des terres agricoles non constructibles, mais aussi du lotissement construit en 1987 à cent mètres du parc de butane. »
Un deuxième site stratégique
Seule solution : trouver un autre site proche. Bic et l'intercommunalité ont choisi Sainte-Marie. Le but : déplacer le stock de Redon à Sainte-Marie et pouvoir augmenter la production à cinq millions de briquets par jour à Redon. « Nous estimons que nous serons alors au maximum de la capacité du site. » D'où le deuxième projet lié d'adosser une autre unité de moulage plastique et de remplissage de la même capacité, soit cinq millions de briquets aussi, à Sainte-Marie. Il y a même une troisième demande « capacité de fabriquer de la pierre à briquet ». Le directeur Éric Bloche précise toutefois qu'il s'agit d'un scénario d'anticipation : « Nous n'avons pas aujourd'hui de commandes supplémentaires mais BJ75 anticipe cette éventualité en demandant les autorisations... Nous ne fabriquerons pas dix millions de briquets mais nous organisons le futur pour en être capables. Nous nous mettons en ordre de marche pour prendre les commandes ! »
23 hectares de plus en vue
Derrière ce projet de 14 hectares à Sainte-Marie, Bic lorgne aussi sur le foncier attenant. « À l'est de la tranche 5, la communauté de communes veut acquérir 23 hectares supplémentaires », confie son président Jean-Louis Fougère. L'enquête publique s'est achevée le mois dernier donnant lieu à des réunions parfois tendues avec des habitants partagés entre développement économique, menace de délocalisation et préservation de leur environnement avec un futur balai quotidien de 30 camions entre les deux sites.
Combien d'emplois ?
Sur la flamme de l'emploi, Bic reste d'ailleurs très flou : « Cela en créera », assure Éric Bloche sans avancer de chiffre. Tout juste sait-on que 120 places de parking sont prévues sur le futur site et qu'entre 2000 et ce jour, l'effectif a grimpé de 320 à 370 personnes, quand la production quotidienne est passée d'1,8 à 3,3 briquets, soit quasiment le double. Mais ce n'est pas proportionnel prévient Éric Bloche qui parle d'automatisation pour rester compétitif : « Nous avons des projets d'améliorations techniques. La seule façon de gagner cette guerre c'est d'automatiser. » Même discrétion sur l'investissement. Dans son rapport annuel, le président du groupe Bruno Bich déclare : « Sur les 125 millions d'euros investis, la moitié est destinée à l'augmentation des capacités de production de produits existants ou au lancement de nouveaux produits. » Le dossier breton sera désormais sur le bureau du préfet. Sa décision est attendue au mieux à la rentrée de septembre. « Il y a des enjeux économiques et industriels très importants. Bic gagne de l'argent. Il est crucial de pouvoir produire en France », insiste Éric Bloche. L'argument fera-t-il mouche pour ne pas voir mourir à petit feu l'usine de Redon ?
Géry Bertrande
BRIQUETS A Redon, le groupe familial veut étendre son usine historique, pour passer de 3,3 à 5 millions de briquets par jour, et créer un dépôt à Sainte-Marie en y ajoutant une unité de remplissage.
Les deux sites Seveso, pourvoyeurs d'emplois, ne font pas l'unanimité.