La Fédération française du bâtiment (FFB) a voulu mettre à profit une période ?creuse?pour se projeter dans l'avenir. C'était le sens du colloque organisé à Lorient le 12février et du document de 80pages ?Regards prospectifs? édité pour l'occasion. Trois Bretagnes peuvent se construire: une région à plusieurs vitesses, déséquilibrée, une à ?grande vitesse?, à la pointe de l'innovation, une dernière patrimoniale, resserrée autour de son identité. Ces derniers mois, dans le bâtiment, les appels d'offres se sont raréfiés et la profession a, sans bruit, supprimé 5.000 emplois sur 90.000 emplois en Bretagne, à travers des contrats non reconduits, des départs à la retraite non remplacés. «L'avenir n'est pas très rassurant», remarquaient deux des participants au colloque, Yannick Douce et Serge Macé, de l'entreprise Géothermie Solaire à Plouay, qui font aujourd'hui principalement appel à des stagiaires pour leur main-d'oeuvre. Après - 7,1% en 2009, le recul de la construction devrait rester soutenu en 2010 avec une érosion d'au moins 4,5%. Il faut dire que les angoisses liées à la réforme de la taxe professionnelle n'incitent pas les collectivités à investir. «La relance passe par le particulier», relève pourtant Hugues Vanel, président de la FFB d'Ille-et-Vilaine. «La commande privée représente les deux tiers de notre activité,même s'il est vrai que les communes sont nos premiers donneurs d'ordre publics.» Les collectivités bretonnes vont d'ailleurs voir mis à leur disposition 123M€ de prêts, en provenance des organismes ProBTP, SMABTP, les caisses congés et Dexia.
Primes à la casse?
Il s'agit aujourd'hui de tenir pendant que le métier change de visage. Si la construction durable n'a pas encore permis de générer énormément d'emplois, elle a en tout cas «évité d'en perdre» selon Thierry Maho, président de la FFB du Morbihan. Relais de croissance du bâtiment, l'éco-construction ne représente pour l'instant que 10% d'un marché de 8 Mds € hors taxes. «A l'horizon 2013 - 2014, 50% du bâtiment sera lié à l'éco-construction», remarque néanmoins Hugues Vanel. D'ici là, assistera-t-on, comme dans l'automobile à l'avènement de primes à la casse? «Chez les bailleurs sociaux, il y a des constructions bonnes à raser», constate Thierry Maho. «Les bâtiments les plus énergivores ont été construits entre les années 1970 et 1990», poursuit Evelyne Lucas, vice-présidente du Finistère. «Nous ne sommes pas certains qu'on pourra se passer d'énergies complémentaires», ajoute Yvon Le Normand. «La meilleure énergie, c'est celle qu'on ne consomme pas», conclut Hugues Vanel.
Le bâtiment breton profite de son repos forcé pour scruter les mutations qui le traversent.