Ligne nouvelle Paris Normandie (LNPN), regroupement portuaire, travail collectif des territoires, mise en valeur de l'enseignement et de la recherche, consolidation du tissu industriel... Les propositions du projet de développement de la vallée de la Seine ou encore Axe Seine, remises par l'équipe d'Antoine Rufenacht au Premier ministre, promettent d'être un formidable moteur de développement pour les territoires qui la composent. À condition de trouver les financements, car les estimations sont conséquentes. Ainsi, pour la seule LNPN, il est question d'un coût compris entre 11 et 15milliards d'euros. À condition aussi d'unir tous les acteurs en présence et d'avoir une volonté politique forte.
Un projet global
Simple «document de travail», le rapport d'étape met en avant «l'intérêt national» du projet et «une chance historique», explique Antoine Rufenacht: «C'est en quelque sorte le volet deux du Grand Paris, avec l'ouverture de la région capitale vers la façade maritime pour conforter son statut de ville-monde. C'est aussi l'affirmation d'une ambition nationale nouvelle: celle de se tourner vers les places portuaires pour assurer un développement économique. Notre pays, comme d'autres, est en période de crise économique mais, il faut préparer la sortie de crise. La vallée de Seine, par son potentiel économique et industriel, son fleuve et des équipements de qualité, peut être un laboratoire de sortie de crise». Afin d'associer tous les acteurs, le rapport reconnaît la nécessité de créer rapidement une instance qui permette le rassemblement et la concertation, ainsi que le besoin d'une reconnaissance législative: «pour asseoir le projet».
Les ports et le ferroviaire
Reconquérir des parts de marché prises par les ports du Nord de l'Europe et développer des activités économiques utilisatrices du fleuve sont deux objectifs du rapport. «Nous voulons développer les ports et les desservir massivement par la voie ferrée et le train. Pour cela, il faut des infrastructures de transport: ligne LNPN pour rapprocher la Normandie du réseau TGV européen et avoir un effet métropole, amélioration de l'interface fluvio-maritime havrais et développement de plate-formes multimodales le long de la Seine», explique Martin de Wissocq, secrétaire général adjoint. Si le rapprochement des ports est fortement souhaité, via la création d'un GIE, ces derniers n'ont pas attendu le rapport pour s'y mettre, précise Martin Butruille, directeur des trafics et de l'activité portuaire du port de Rouen: «Nous mettons effectivement en place un GIE comprenant divers secteurs: communication, commercialisation des trois ports, définition stratégique de l'ensemble portuaire. L'objectif est d'optimiser une approche commune sur les marchés nationaux et internationaux. Nous travaillons aussi sur une marque et un logo communs. Pour ce qui est de la logistique, cela fait maintenant deux ans que nous intensifions notre présence commune sur des salons comme le SITL ou l'intermodal São Paulo. De plus, les trois ports ont aussi constitué des clubs filières pour optimiser leur offre».
Développement industriel
Le rapport préconise d'agir pour consolider le tissu existant (automobile, pétrole et chimie en intégrant l'aspect développement durable) et de favoriser les filières à haute valeur ajoutée: logistique «intelligente», énergies nouvelles, économie circulaire. S'il trouve les arguments crédibles, Philippe Brasse, président de l'UIMM de Haute-Normandie, n'est pas complètement convaincu du lien entre le projet du Grand Paris et un développement de l'industrie consécutif: «On parle de consolider le tissu existant: tout le monde s'y attache mais je pense que le mal est déjà fait. Tout ce que l'on peut faire c'est maintenir ce qu'il reste. Le développement durable et l'économie circulaire sont des vocables à la mode et, sur les énergies alternatives, ce sont des sujets pour lesquels nous manquons d'information. Pour l'instant, on voit que l'on est dans le temps politique. Alors, oui à ces propositions mais, ce n'est pas parcequ'il y aura une ligne grande vitesse que va soudainement se développer l'économie circulaire ou le développement durable. Aujourd'hui, ce sont les marchés qui donnent le ton du développement industriel».
Culture et enseignement
Autres piliers du développement de la vallée de Seine, «l'enseignement supérieur et la recherche doivent être valorisés», précise le rapport qui compte s'appuyer sur le Pres normand, via l'accroissement de partenariats avec le monde économique et la multiplication d'alliances. Tourisme et culture sont envisagé
s comme vecteurs de rapprochement entre le territoire du Grand Paris et la vallée de Seine pour créer un sentiment d'appartenance. Pour cela, un événement fédérateur est envisagé autour du thème de l'eau, du fleuve et des ports (lire page8), ainsi qu'un second événement autour de l'impressionnisme.
Dossier Sébastien Colle
Le premier rapport sur le développement de la vallée de la Seine propose un plan d'ensemble des actions à entreprendre. Si la nécessité d'un élan collectif n'est remise en cause par personne, la méthode employée fait débat.