Axe Seine : Entre impatience et exaspération
# Conjoncture

Axe Seine : Entre impatience et exaspération

L'édition parisienne du colloque Axe Seine n'aura pas débouché sur les annonces attendues en termes de gouvernance. Les élus normands n'ont pas caché leur impatience face au statu quo sur les grands projets d'infrastructures locaux.

Haropa serait-il l'arbre qui masque la forêt? Le GIE portuaire, maintes fois cité en exemple lors du colloque parisien sur l'Axe Seine s'inscrit bel et bien comme une réussite concrète du rapprochement entre les trois principaux territoires de l'Axe Seine: Paris, Rouen et leHavre. Mais au-delà, les avancées réelles peinent à se faire jour.




Suspendus aux décisions de l'État

Inauguré auHavre en 2009, ce grand projet initié dans la foulée du Grand Paris -et de la contribution prémonitoire d'Antoine Grumbach- a rassemblé le 22novembre dernier à la mairie de Paris l'ensemble des grandes collectivités locales haut-normandes ainsi que bon nombre d'élus consulaires et de représentants de filières. Inaugurée par Bertrand Delanoë en personne, la manifestation s'est conclue avec la signature d'une déclaration finale, certes volontariste, mais dont la portée reste suspendue aux décisions de l'État d'aller au bout, ou pas, de projets phares telle la LNPN. Un État, en la personne du ministre délégué aux Transports, Frédéric Cuvillier, affichant son soutien à la démarche tout en faisant preuve d'une certaine prudence sur le sujet. Si «le pragmatisme n'est pas l'ennemi de l'ambition», le discours ne vaut pas décision. Pas encore. Sur la question de la LNPN, justement, «les noeuds de saturation» que sont la gare de Rouen et le Mantois sont bien au sommet de la liste des priorités, confirme le ministre qui reste attentif à ce que «les projets ne dérapent ni dans le temps, ni en termes de coût». Le maire de Caen Philippe Duron, nommé à la tête d'une commission chargé de faire l'inventaire des projets inscrits au Schéma national des infrastructures de transport (SNIT) privilégie pour sa part la mise en place d'un comité de pilotage «pour réfléchir à l'évolution de ce projet (car) on n'a peut-être pas exploré toutes les pistes, tant il a fallu aller vite!»




«Dire qui fait quoi!

» Côté haut-normand, le président de la Crea Frédéric Sanchez admet «une certaine exaspération». La saturation routière rouennaise pèse aujourd'hui plus lourdement encore dans la balance depuis la fermeture du pont Mathilde (lire page7). Et «le rapport au temps, vu de la Crea, ne souffre plus beaucoup de délais», lâche l'élu. Dans la même veine, le président de région Alain Le Vern affiche son impatiente: «je veux que l'on aille de l'avant», sur la question de la gouvernance, notamment, mais aussi sur les priorités. «Il faut hiérarchiser les projets et dire qui fait quoi!» Sur le premier point, le ministre avait insisté plus tôt sur le rôle prépondérant qu'il voulait voir jouer par les collectivités locales concernées, «aux côtés de l'État»; laissant sur leur faim les représentants du monde économique présents en nombre. Regrettant lui aussi l'absence d'annonce concrète sur le sujet, l'adjoint au maire parisien en charge de Paris Métropole, Pierre Mansat, estime que «la nomination d'un délégué interministériel serait de bon goût». Du concret! C'était décidément le maître mot de cette matinée d'échanges. Le maire duHavre Édouard Philippe, évoquant la LNPN, a rappelé que tout ne partait pas d'une feuille blanche: «sur la LNPN, il y a eu un débat public!», souligne l'élu, seul à défendre le bilan du défunt commissariat général au développement de la vallée de la Seine dévolu à son prédécesseur Antoine Rufenacht, «incomplet, peut-être, mais qui a eu le mérite d'exister». Quand au scepticisme des milieux économiques, c'est probablement Franck Vallerugo, professeur à l'Essec et «grand témoin» de ce colloque, qui le résume le mieux: «nous n'avons pas besoin d'une gouvernance institutionnelle de plus, mais d'une vraie gouvernance économique. Les acteurs économiques ne doivent pas être seulement invités à la table, mais participer aux décisions stratégiques». Ce à quoi le président de la région Basse-Normandie Laurent Beauvais répond: «il y a les projets et ceux qui les financent»!



Guillaume Ducable


www.axeseine-colloquedeparis.fr

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