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omment l
utter contre les importations de volailles?
En 2012, la France importe en effet plus de 40 % du poulet qu'elle consomme, contre 10 % en 2000. Les abattoirs français sont en souffrance. La seule filière dinde perd entre 30 et 50millions d'euros par an! Il faut un plan avicole ambitieux, comme le plan automobile. Plusieurs distorsions expliquent cette perte de compétitivité face à nos concurrents européens. La récupération de la TVA par les éleveurs allemands se répercute par exemple par une différence de 5 centimes par kilo de viande. Outre Rhin, la méthanisation peut représenter jusqu'à un tiers des revenus des éleveurs. Enfin, comme il n'existe pas de salaire minimum en Allemagne, les salariés roumains ou bulgares y sont payés 1.200euros charges comprises contre 1.700 en France.
Le consommateur sera-t-il prêt à payer pour une volaille française?
Les Anglais avec leur buy british et les Allemands avec leur 5D affichent déjà leurs préférences nationales. La situation est donc grave mais pas inéluctable. Le récent scandale de la viande de cheval montre toute l'importance de la traçabilité. Nous avons bon espoir que l'étiquetage de l'origine de toutes les viandes, y compris la volaille, devienne obligatoire non seulement sur les produits frais mais aussi sur les produits découpés et les plats cuisinés car c'est surtout là que nous perdons des parts de marché.
Mais tout le monde ne veut pas d'élevage à côté de chez lui...
Pour produire de la volaille française il faut commencer par avoir des élevages performants. Nous avons eu dans la Sarthe des cas qui montrent combien il est difficile d'implanter de nouveaux bâtiments. Nous n'aurons pas d'agroalimentaire fort en France sans agriculture forte. Il faut que les Français cessent de penser que tout ce qui est petit est sympathique et que ce qui est grand doit être banni. La Pologne, la Belgique, l'Italie ou même l'Allemagne l'ont compris en augmentant la taille de leurs élevages. Grâce au compostage ou à la méthanisation, leurs impacts sont même moindres sur l'environnement. Nous ne désespérons pas de le faire comprendre à nos politiques.
L'abattage doit-il aussi se restructurer?
L'affaire Doux montre combien il est difficile à un secteur d'inscrire sa restructuration dans la durée. Au risque d'accepter une « désagroalimentarisation » de la France, le gouvernement doit comprendre que nous ne pouvons pas d'un côté supporter de nombreuses distorsions, qu'elles soient fiscales, sociales ou environnementales et de l'autre être lancés dans le bain de la mondialisation. La disparition des restitutions, qui permettent de réguler le marché de façon efficace via le grand export, fera perdre 5.000 emplois. C'est plus que Goodyear Amiens et PSA Aulnay confondus! Dans le même temps, l'UE accorde 20.000 tonnes d'importations à l'Ukraine, sans aucune garantie de traçabilité.
L'aviculture française ne souffre-t-elle pas aussi d'être trop diversifiée alors que l'Allemagne est plus monoproduits?
La segmentation, les labels, les pintades et les canards sont une chance pour les consommateurs qui peuvent diversifier leur alimentation. Cette origine France coûte de 5 à 10 centimes de plus par portion. Cela ne me semble pas extravagant pour permettre à la France de conserver sa valeur ajoutée, car les volailles mangent des céréales françaises, et ses emplois.
Les abatteurs attendent l'étiquetage de l'origine des volailles sur les produits découpés et transformés pour lutter contre les importations. Pour Gilles Huttepain, président de la Fédération des industries avicoles, le scandale de la viande de cheval leur redonne espoir.