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Avec Repetta, Axens et Toray se positionnent dans la course au recyclage chimique
Ain # Chimie # Implantation

Avec Repetta, Axens et Toray se positionnent dans la course au recyclage chimique

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La filiale commerciale de l’IFPEN (Institut français du pétrole et des énergies nouvelles), Axens et le spécialiste du film plastique Toray Films Europe projettent de construire une usine de recyclage chimique de plastique, dans l’Ain, opérationnelle à l’horizon 2027. Une société est en cours de création pour porter ce projet chiffré à plus de 200 millions d’euros, qui vient de recevoir le soutien de France 2030.

La technologie Rewind Pet, processus de dépolymérisation de la matière plastique par glycolyse, est mise à l’épreuve au Japon depuis 2020 — Photo : DR

Repetta. C’est le nom, tenu encore secret jusqu’à il y a peu, de la société en cours de création par le groupe Axens et le spécialiste du film plastique Toray Films Europe (150 M€ de CA, 420 salariés). D’ici 2027, cette usine devrait produire 30 000 tonnes de plastique transparent recyclé, à Saint-Maurice-de-Beynost, dans l’Ain. La particularité de cette future unité ? Elle sera capable de valoriser des déchets qui n’étaient jusqu’alors pas recyclés, mais incinérés ou enfouis. Du PET opaque ou coloré, des barquettes, du polyester, etc., difficiles à valoriser avec les technologies actuelles de recyclage mécanique. Un projet à plus de 200 millions d’euros qui vise à fabriquer du PET transparent d’une qualité équivalente au PET d’origine fossile, utilisable y compris pour du contact alimentaire.

"Revenir à la molécule"

Pour cela, Repetta aura recours à un procédé innovant, basé sur le recyclage chimique. "C’est une technique qui permet de revenir à la molécule", explique Amandine Teillet, en charge du projet chez Axens, filiale commerciale de l’IFP Énergies Nouvelles. C’est à Solaize, dans le Rhône, au sein de cet institut de recherche dédié à l’énergie, au transport et à l’environnement que la technologie a émergé il y a plus de dix ans. De ces recherches est né le projet Rewind PET. Un processus de dépolymérisation de la matière plastique par glycolyse, qui permet de revenir à l’échelle du monomère, pour ensuite être réutilisé sur des chaînes de production et être repolymérisé.

Une technologie validée au Japon

Depuis 2020, c’est au Japon que cette technologie est mise à l’épreuve. Chargée de la mise sur le marché et de la commercialisation de Rewind PET, Axens s’est en effet allié au japonais Jeplan (Japan Environment Planning) spécialisé dans le recyclage chimique, pour créer sur l’archipel une unité semi-industrielle d’une capacité de production de 1 000 tonnes par an. "Ce pilote a permis de valider le procédé et ses performances, explique Amandine Teillet. Cette nouvelle unité a notamment permis de montrer aux futurs clients comment le procédé de recyclage pouvait être intégré dans leur propre outil de production ou de recyclage."

Une nouvelle transformation pour Toray Films Europe

C’est là que Toray Industries entre en jeu. La multinationale japonaise, présente dans une trentaine de pays, fabrique de la fibre de carbone, du textile, mais aussi du film plastique. Dans le cadre du projet pilote, elle s’est engagée à repolymériser les molécules sortant des usines de Jeplan, sur l’un de ses sites nippons. Mais surtout, c’est elle qui, demain, intégrera la nouvelle usine de recyclage industriel baptisée Repetta, sur son site aindinois de Saint-Maurice-de-Beynost, le siège de Toray Films Europe, sa filiale dédiée à la fabrication de films plastiques en Europe.

Une diversification pour Toray

Pour le site, c’est une nouvelle mue qui se profile. "C’est une diversification pour Toray. Mais ce ne sera pas la première, raconte Thierry Robic, le directeur général de Toray Films Europe. Nous essayons de nous positionner sur plusieurs marchés afin de pérenniser l’activité de notre usine."

Fondée en 1929, cette dernière, qui se nommait alors Société Lyonnaise de Soie Artificielle (SLSA) était alors spécialisée dans la production de soie artificielle. Ce n’est qu’en 1960 qu’elle abandonne le textile pour démarrer la production de films plastiques. Et en 1996, qu’elle est rachetée par le japonais Toray, et intègre la fabrication de résine de PET à ses savoir-faire. "C’est un site qui a su faire des investissements réguliers pour faire évoluer son activité", souligne Amandine Teillet. C’est un gros avantage pour la mise en œuvre d’un projet comme Repeta.

Main d’œuvre qualifiée

Autres avantages de taille, le site dispose d’ores et déjà d’une main-d’œuvre qualifiée pour cette nouvelle activité et la future unité de dépolymérisation sera installée sur une zone déjà artificialisée, aujourd’hui inutilisée par Toray. Aucun agrandissement de site à prévoir. Et pas de nouvelles autorisations requises (si ce n’est des extensions) car les produits chimiques nécessaires à la dépolymérisation sont déjà utilisés sur site.

D’autres investisseurs à venir

Après avoir finalisé les études d’ingénierie, Axens est en train de réaliser le process book, qui permettra de designer la future usine et d’en évaluer précisément le coût. La décision finale d’investissement devrait intervenir en 2025. Fait rare, Axens a décidé de s’investir financièrement dans le projet, aux côtés de Toray Films Europe. "Nous avons l’ambition d’accélérer la mise en place industrielle de l’unité", explique la chargée de projet. Le projet vient également d’obtenir le soutien financier de l’État (montant non divulgué), dans le cadre de l’appel à projets Recyclage des plastiques de France 2030. "Nous avons également l’ambition de faire entrer d’autres acteurs institutionnels et industriels au capital de Repetta, qui a vocation à être une structure autonome", précise Thierry Robic.

Mise en service pour 2027

L’objectif est de mettre en service cette unité à l’horizon 2027. Dans tous les cas, d’arriver sur le marché avant 2030. Car cette nouvelle décennie marquera également l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation européenne sur le recyclage du plastique. Celle-ci prévoit notamment l’obligation d’incorporer 10 % de plastique recyclé dans les emballages plastiques à partir de 2030. Pour certains emballages, comme les bouteilles d’eau, ce seuil sera même de 30 % et passera à 65 % dès 2040.

Toray pourra alors proposer à ses clients du plastique 100 % recyclé (avec une capacité de 30 000 tonnes annuelles) ou contenant 50 % de matières recyclées (avec une capacité passant alors de 60 000 tonnes par an). "On pourra aussi produire du plastique avec une part de matière première recyclée moindre, dans un premier temps, précise Thierry Robic. C’est envisageable en fonction des demandes des clients."

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