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Automobile : La Janais a-t-elle raté le virage Bluecar ?
Rennes # Conjoncture

Automobile : La Janais a-t-elle raté le virage Bluecar ?

Le Breton Bolloré a choisi Renault et la Normandie pour fabriquer son véhicule électrique. À Rennes, PSA avait aussi des atouts... Au point de conduire ce projet ?

Bolloré a tranché : il a choisi Dieppe pour fabriquer sa Bluecar. La nouvelle a été annoncée le mois dernier. La fabrication des batteries restera, elle, dans le Finistère. Le fait qu'un grand patron breton se tourne vers la Normandie n'a semble-t-il ému personne en Bretagne. Aucune réaction de la classe politique locale. Or, le territoire breton compte aussi une usine automobile, justement au ralenti en ce moment... Nous avons voulu savoir si l'usine rennaise PSA Peugeot-Citroën de La Janais aurait pu prétendre à ce contrat. D'emblée, le groupe Bolloré reste aux abonnés absents sur le sujet. Mais c'est certain, il ne conduit pas ce projet pour se limiter aux 2.500 véhicules annoncés pour l'heure. Ce qui représente, au passage, deux jours environ de production à La Janais. De l'ordre du symbole donc, pour l'instant, mais ô combien majeur en terme d'image et de potentiel.




« Oui, évidemment ! »

Du côté des salariés rennais de PSA, la réponse à notre question est très claire : « Oui, PSA aurait pu prendre cette production ! Evidemment que La Janais aurait pu convenir, souligne Jean-Marie Berthot, représentant la CFE-CGC. L'usine de Rennes dispose d'un atelier "petites cadences" qui a été mis en sommeil et que l'on peut rendre opérationnel en quelques semaines pour de tels projets », ajoute-t-il, convaincu que PSA a laissé passer le train Bolloré.




« Un coup manqué »

« C'est un coup que nous avons manqué et il était sans doute plus pertinent de le faire à Rennes pour des questions de flux », confie-t-il, à regret. « Bolloré cherchait une usine, nous avions tout ce qu'il fallait à La Janais », embraye Pierre Contesse, pour FO. Pour Hervé Daniel, directeur de Créativ' et proche du milieu automobile, « cela aurait eu du sens de réunir, d'un côté un actif qui maîtrise une technologie de batteries électriques envisageant une nouvelle solution de mobilité (Bolloré) - on ne peut pas faire plus breton - ; et de l'autre, un actif industriel qui a une capacité de production (PSA). »




Un match PSA-Renault

Mais la stratégie de Bolloré, allié à Renault, a de fait écarté PSA et son usine bretonne, dont la direction n'a souhaité faire aucun commentaire. À La Janais, les salariés ne peuvent imaginer qu'il n'y ait pas eu de contacts au plus haut point avec la direction du groupe. Déjà il y a cinq ans, la (fausse) rumeur courait d'un éventuel accord avec PSA... Et aujourd'hui on ne partage d'ailleurs pas forcément la stratégie maison : « PSA se focalise sur le produit et non pas l'usage. Je doute que ce soit le bon choix et le coeur des enjeux de l'automobile de demain, plutôt axés sur la mobilité, confie cet autre salarié rennais, sous couvert d'anonymat. Ghosn a bien compris l'intérêt de vampiriser ce savoir-faire. C'est habile... Renault a de l'avance. » Pour Joël Chéritel, président du Medef Bretagne, le débat n'est pas là : « Le plus important, c'est que Bolloré ait trouvé un accord avec un industriel français, une belle alliance qui reste en France. »



Géry Bertrande

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