Un mini-tsunami régional. Mi-octobre 2024, des inondations assorties de coulées de boue dévastent une partie de la Loire, de l’Ardèche et le sud du Rhône, entraînant dégâts matériels et désorganisation du territoire. Avec une grande sacrifiée, Saint-Etienne qui se retrouve isolée ; ses voies d’accès, routières et ferroviaires menant à la capitale de Gaules sont coupées pendant plusieurs semaines. Brignais (40 commerces touchés), Givors et sa zone commerciale Givors2 (plus d’une centaine d’entreprises) et Grigny dans le Rhône n’ont pas été épargnées comme Andrézieux, Chavanay, Pélussin, Rive-de-Gier et Bourg-Argental dans la Loire et aussi Annonay (Ardèche) où la Deûme a débordé, touchant les installations de Canson et Fibox.
400 entreprises touchées dans la Loire et le Rhône
Côté entreprises, le tribut, encore non chiffré par les assureurs qui sont toujours en phase d’estimation des dégâts chez leurs clients au moment où nous imprimons ce magazine (fin novembre 2024), s’annonce lourd. Des stocks partis en fumée… ou plutôt embarqués par des torrents d’eau boueuse, c’est le triste bilan pour les entreprises et commerces locaux accompagnés par la cellule d’urgence de la Chambre de Commerce et d’Industrie.
"Nous estimons à environ 400 le nombre d’entreprises touchées dans le Rhône et la Loire, dont plus de 70 % de commerces et restaurants mais aussi des petits industriels. Nous en suivons 170", déclare Régis Poly, vice-président de la CCI Lyon Roanne Saint-Etienne en charge du commerce.
Dès le 17 octobre, la CCI organise des rondes nocturnes pour protéger les commerces éventrés et met en place une cellule d’urgence dédiée à l’accompagnement personnalisé des entreprises, avec un focus sur les démarches à effectuer pour les assurances et auprès des organismes de l’État. "Nous avons informé les entreprises de la possibilité de reporter certaines créances voire de les supprimer, et des modalités de la prise en charge du chômage technique", illustre Régis Poly.
Catastrophe naturelle
Une demande d’aide de 200 000 euros a également été faite par 4 départements (Ain, Ardèche, Loire et Rhône) auprès du fonds de solidarité du réseau CCI France. "La Loire et le Rhône ont obtenu 90 000 euros, une somme à mettre en regard des 400 entreprises touchées", raconte Irène Breuil, présidente de la CCI de Saint-Etienne, qui espère que d’autres aides viendront s’y ajouter. Le département de la Loire a débloqué, le 18 novembre, une aide exceptionnelle de deux millions d’euros pour des travaux d’urgence sur les routes départementales détruites par les inondations notamment dans les secteurs de Chavanay/Pélussin et Saint-Sauveur-en-Rue.
Début novembre, le décret d’état de catastrophe naturelle au titre du phénomène naturel "d’inondations et coulées de boue" avait été publié au Journal Officiel pour 41 communes du Rhône et de la métropole de Lyon, ainsi que pour 95 communes en Ardèche. Une reconnaissance qui devrait accélérer le traitement des dossiers.
Car le temps presse. "Certaines entreprises vont avoir beaucoup de difficultés à s’en remettre car il faut tenir pendant 6 à 8 mois le temps de faire les travaux et cela, sans revenus", ajoute Régis Poly. Comme cet industriel ligérien spécialiste des équipements pour la boulangerie qui a perdu son outillage et ne pourra le racheter à neuf même avec les aides et l’indemnisation des assurances.
Repartir dès que possible
Pour les autres, c’est la course contre la montre pour repartir au plus vite. Quoi qu’il en coûte… 100 000 euros de stocks ont été réduits à néant par les flots qui se sont engouffrés dans le magasin de prêt-à-porter Bambou à Rive-de-Gier (Loire). En plus de 30 ans d’existence, sa gérante, Rose Martorana, n’avait jamais vu cela. En quelques heures sa boutique sise rue Jules Guesde à Rive-de-Gier (Loire), juste au-dessus du canal éponyme, a été envahie par 1,5 mètre d’eau. Depuis le 17 octobre, faute de lieu de vente, aucune recette n’est entrée dans la caisse et pas encore d’indemnisation des assurances.
En attendant les indemnités d’assurance
Dans le même temps, factures et frais s’accumulent. "Heureusement mes fournisseurs se sont montrés compréhensifs et m’ont renvoyé des vêtements sans réclamer de paiement", raconte-t-elle. La mairie lui a prêté un local dans la commune qu’elle a rénové. "Je veux sauver novembre et décembre, des mois où je réalise 30 % de mes ventes", déclare celle qui s’interroge sur l’opportunité de revenir dans son local historique, déjà dévasté en 2008.
Les établissements Quiblier (4 salariés, 400 000 € de CA), menuiserie familiale sise à Saint-Sauveur-en-Rue (Loire), n’envisage pas, elle, de déménager même si son emplacement au bord de la Deume lui a coûté " son stock de bois de 60 m3, soit près de 15 000 euros". "Et nous n’avons pas pu livrer pendant 15 jours car les routes autour de l’entreprise étaient dévastées", confie Fernand Quiblier, son dirigeant. Et puis, il va falloir reconstruire le hangar de stockage : environ 300 000 euros de travaux en perspective dont 240 000 euros pris en charge par l’assurance, déduction faite de la franchise.
Bénéfices cachés
Certaines activités ont bénéficié malgré elles de la situation, comme le stéphanois Solutions Post Sinistres (10 salariés, 1,60 M€ de CA en 2023-2024) qui a vu, lui, son activité multipliée par 3 depuis les inondations. "Là on redémarre un nouvel exercice sur les chapeaux de roues. Nous avons eu une centaine de demandes de missions depuis mi-octobre, alors qu’en temps normal, nous tournons à 25 à 30 par mois ", se réjouit Gérald Meaudre, gérant. Une charge de travail décuplée par les demandes des compagnies d’assurance pour leurs clients, qui a nécessité le recours à un vivier d’une vingtaine d’intérimaires.