C’est un retournement réussi qu’a accompli le spécialiste du blindage de véhicules Centigon (150 salariés, 32 M€ CA en 2024). L’entreprise basée à Lamballe-Armor (Côtes-d’Armor) a d’ailleurs reçu l’un des prix Ulysse 2025, en mars dernier, de l’Association Pour le Retournement des Entreprises.
Les chiffres sont là pour le prouver : la PME en difficulté en 2019 et 2020, qui réalisait 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, a porté ce chiffre à 38 millions d’euros en 2023, année exceptionnelle qui a bénéficié de report d’activités sur cet exercice. Et a enfoncé le clou en 2024, avec une activité de 32 millions d’euros, qui devrait encore progresser, peut-être jusqu’à 35 millions d’euros en 2025.
Une rentabilité de 10 %
La rentabilité a suivi. Ramenée à l’équilibre en 2021, après des pertes les deux exercices précédents, Centigon a dégagé un résultat net de 5,8 millions d’euros en 2023 et de 3 millions d’euros en 2024. "Cette rentabilité nette de 10 %, c’est ce qu’on cherche à faire", annonce Faramalala Rakotonjanahary, qui a pris la tête de l’entreprise en mars 2019.
La conjoncture pourrait permettre à la PME de renouveler ces bons chiffres. Grâce aux politiques de réarmement des gouvernements européens. "Et les besoins urbains de protection augmentent avec l’insécurité qui progresse partout", pointe la dirigeante. Ça tombe bien, les best sellers de Centigon, des versions blindées des Toyota Land Cruiser 200 et 300, ainsi que le récent Ford Ranger pick-up, répondent à ces besoins.
Des contrats pluriannuels avec des armées
Dans le domaine de la Défense, Centigon s’allie à des partenaires pour répondre aux appels d’offres, en qualité de sous-traitant de rang 1. La PME a remporté deux contrats pluriannuels auprès du constructeur de poids lourds suédois Scania. Le premier en 2022 et terminé fin 2024, concernait le blindage de véhicules de l’armée néerlandaise. Le deuxième cette année pour l’armée norvégienne, jusqu’en 2026. "Il concerne moins de cabines, une centaine, mais c’est un produit plus complexe qui occupe nos ressources au même niveau", note la présidente, également vice-présidente de l’UIMM 22 depuis fin 2024. Des contrats qui assurent 70 % de l’activité de la PME.
Se diversifier vers l’agriculture et les travaux publics
Un chiffre élevé qui pousse Centigon à développer son portefeuille clients dans la sécurité et de la Défense, mais également l’agriculture, les travaux publics, pour la protection des chauffeurs, ou les véhicules de secours, pris pour cibles. "Il y a 15 ans, nous ne faisions que du transport de fonds. Nous sommes capables d’évoluer vers d’autres marchés", souligne Faramalala Rakotonjanahary.
Série d’investissements
L’entreprise a pour cela beaucoup investi. Dernier effort financier en date, une cabine de grenaillage de 400 000 euros, dont l’installation vient d’être finalisée. Cette machine qui prépare l’acier pour les traitements de protection et de peinture, est le deuxième investissement en fonds propre après une découpe laser acquise en 2022. Un plan d’investissement global de 7 millions d’euros avait précédé, en 2020, pour sortir du trou d’air de la crise sanitaire, en plus d’investissements industriels permettant une augmentation de la capacité de production.
"Nous travaillons en flux de production, avec trois ateliers de ferrage, peinture – grenaillage et finition. Nous pourrions vendre des prestations séparées", se projette par ailleurs la dirigeante. Une équipe de nuit pourrait également être mise en place en cas d’obtention d’un gros contrat pluriannuel. En attendant, c’est dans la maintenance que l’entreprise recrute.