Comme le CHU de Nantes, le CHU d’Angers a été retenu dans la deuxième vague d’appel à projets pour financer les tiers-lieux d’expérimentation et d’innovation en matière d’e-santé. Les lauréats sont validés par le guichet national de l'innovation du numérique en santé G_Nius. Les missions du tiers-lieu angevin, baptisé Mobis, portent sur la mobilité, en trois axes : la motricité, le parcours de soins et l’accès aux soins sur le territoire. Le tiers-lieu se veut "un point de rencontre" entre entreprises et start-up locales, services hospitaliers, établissements ou professionnels de santé identifiant des besoins, patients, familles et aidants. Le but est de favoriser la co-construction de solutions numériques innovantes.
Un financement évolutif
Mobis bénéficie d’une première enveloppe de 1,5 million d’euros, dont un million pour son propre fonctionnement, avec des salariés du CHU mais aussi ceux de partenaires. Pour assurer le lancement, les subventions viennent au départ de la Banque des Territoires et de France 2030. "Cela permet de couvrir le suivi des deux premiers dossiers", indique Aurélie Noël, chargée de mission Innovation au département Partenariats Innovation Valorisation Europe du CHU.
"L’idée est de rendre la structure la plus autonome possible, à terme. Il faut trouver pour cela des partenariats pour les financements. Un accompagnement pourra également être financé par le biais de développement de solutions auxquelles aura participé Mobis", éclaire Aurélie Noël.
Onze acteurs locaux
Aurélie Noël fait partie des huit salariés du CHU à œuvrer, à temps plein ou partiel, à l’animation du tiers-lieu, à coordonner les relations avec les partenaires et avec le consortium à la tête de Mobis.
Ce consortium se compose de onze partenaires. En plus du CHU d’Angers, il s’agit de structures locales (Angers Technopole, Le Mans Innovation, Laval Virtual, Aldev – Angers Loire Développement), régionales (Atlanpole Biothérapies, Images & Réseaux, le groupement e-santé Pays de la Loire, la filiale de mutuelle VYV 3 Pays de la Loire) et nationales (l’association AFM Téléthon, Digital Pharma Lab).
Motricité et mobilité des jeunes patients
Les deux premiers projets menés concernent des besoins de santé de proximité mais aussi des réponses numériques à la mobilité des patients. Pour le premier, des tapis de marche ont été installés au domicile d’enfants atteints de maladies chroniques. Équipés en réalité virtuelle, ces tapis incitent à leur utilisation et entretiennent la motricité de jeunes patients. Une première phase d’expérimentation chez les utilisateurs montre que cette mise à disposition facilite aussi la vie des patients et de leur famille, qui n’ont plus besoin de se déplacer parfois à plusieurs dizaines de kilomètres pour pratiquer un suivi et des exercices de rééducation chez un kinésithérapeute par exemple. En parallèle, les prototypes de tapis de marche sont améliorés via le retour d’utilisateurs. Développés par la start-up parisienne ezyGain, ces tapis connectés sont munis de capteurs antichute et peuvent proposer un coaching personnalisé par écran "pour une rééducation sécurisée".
Du parcours de soins au pré-diagnostic
L’autre projet, s’il s’avère concluant, pourrait lui aussi conduire à limiter les déplacements de patients jusqu’au CHU le plus proche de chez eux. Ce parcours patient piloté par intelligence artificielle est testé en partenariat avec la plateforme Lifen. "Ce programme ouvre un accès aux données des data hub de l’Ouest, en l’occurrence le réseau de CHU du Grand Ouest, afin d’entraîner les algorithmes. Le rôle du tiers-lieu est ici de mettre les entreprises en lien avec les établissements du territoire. Le contrat implique une confidentialité pour les entreprises", précise Aurélie Noël.
Si ces algorithmes s’avèrent concluants, une deuxième phase s’ouvrira pour la détection de deux maladies dermatologiques rares : la pseudoxanthome élastique (qui détruit peu à peu les tissus de la peau du cœur ou encore des yeux) et l’angioedème héréditaire (qui crée des gonflements chroniques au visage ou des organes internes, présentant jusqu’à des risques vitaux).
D’autres projets dans les tuyaux
D’autres services soignant des maladies rares héréditaires sont sondés pour évaluer des besoins similaires, indique Alice Perrin-Janet, la coordinatrice du tiers-lieu Mobis. "La réponse apportée pourrait permettre d’anticiper le diagnostic de maladies génétiques. Mais pour cela, il faudra encore attendre quelques années…"
Trois nouveaux projets seront lancés en 2025, annonce Alice Perrin-Janet. Ils concernent le thème des mobilités et l’accès aux soins pour faciliter le parcours de soins des patients.