André Ducrocq : Autodidacte devenu industriel

André Ducrocq : Autodidacte devenu industriel

André Ducrocq écrit son histoire dans l'industrie. P-dg de Ducrocq Ingénierie Process à Montreuil-sur-Mer, il préside l'UIMM du littoral et épaule les créateurs d'entreprise. Self made man, le salarié devenu artisan puis dirigeant est animé par l'esprit d'entreprise.

Le regard est expert. D'un coup d'oeil, André Ducrocq scrute d'imposantes portes d'écluses qui, sitôt descendues du plateau du camion, seront assemblées dans les locaux de Ducrocq Ingénierie Process (D.I.P.) à Montreuil-sur-Mer.




«Tout est question de volonté»

Si de grands constructeurs comme Vinci, Bouygues ou bien encore des industriels et des pétroliers font appel à ce spécialiste des installations clés en main, le fondateur de cette PME a la réussite modeste. «On ne peut réussir que par le travail. Tout est question de volonté. On est tous faits pour faire quelque chose mais pas tous faits pour faire tout et n'importe quoi.» À bientôt 67 ans, André Ducrocq pourrait passer une retraite paisible. «Le mot retraite n'existe pas pour moi», confie l'homme avec un brin de malice. Cet autodidacte, passionné par son métier est bien décidé à accompagner son fils directeur général et son neveu, directeur technique, dans le développement de l'entreprise. Il n'oublie pas que jusqu'à l'âge de 20 ans, son gagne-pain était la terre. «Je suis un enfant de la guerre, né dans une famille nombreuse. Avec 50 ou 100F de l'époque, pour vivre par mois, on apprend la valeur de l'argent et à se débrouiller avec peu.» En 1963, à l'issue de son service militaire effectué en Allemagne, il devient tuyauteur industriel chez Usinor à Dunkerque. «Je me suis beaucoup documenté sur ce métier pour essayer d'avancer plus encore.»




Salarié et artisan

Entreprendre: un virage pris en 1971 à son arrivée chez Ducelier Valéo à Étaples. Technicien en implantation et maintenance, il constate que l'usine cherche des sous-traitants. «Je me suis inscrit au registre des métiers. J'avais la double casquette de salarié et d'artisan. J'avais la chance d'avoir des patrons tolérants.» Fabriquant de petites pièces de mécano soudure, structures métalliques et mécaniques, les journées sont longues pour l'artisan - salarié. L'homme se dit pressé. Dans sa vie professionnelle, il laisse rarement passer les opportunités. Depuis 1979, la croissance de son entreprise est régulière. Les extensions successives et les compétences développées en attestent. Sur le CV de son entreprise, il peut aujourd'hui écrire en grand: Tunnel sous la Manche. «Pendant cinq ans, de 1987 à 1992, nous avons imaginé et fabriqué tous les besoins derrière les tunneliers.»




Un savoir-faire qui s'exporte

Depuis, D.I.P a poursuivi son chemin en France mais aussi au Qatar, à Cuba, en Algérie,... «30% de notre chiffre d'affaires est réalisé à l'export.» Aujourd'hui, l'entreprise intervient dans la conception et la réalisation d'équipements de génie civil et de travaux publics pour les travaux sous-terrains, ferroviaires, maritimes et fluviaux mais aussi pour l'industrie pétrolière offshore ainsi que pour les industries sidérurgiques et agroalimentaires.




En attendant Seine - Nord

Au moment où il scrute les plans des 1.500m² de bâtiments supplémentaires de D.I.P. André Ducroq confie: «Notre stratégie est de construire un grand bâtiment pour travailler pour Seine-Nord.» Le dirigeant ne pourra repousser éternellement les murs alors il songe à une nouvelle extension. Où? «Si nous réalisons une extension, ce sera à proximité de voies d'eau pour expédier les pièces que nous fabriquerons.» André Ducrocq gardera un peu de mystère. Après Eurotunnel, chantier du XXesiècle, il attend patiemment Seine - Nord, chantier du XXIesiècle.