Oliver Griffith, dg de l'American chamber of commerce (Amcham) était à Strasbourg le 1eravril dernier.
Comment a été accueillie l'élection de Barack Obama par les milieux économiques?
Les P-dg français et les cadres américains des entreprises américaines en France sont contents de l'élection de Barack Obama. Mais aux Etats-Unis, le secteur privé a soutenu Mc Cain jusqu'au bout. Un fort sentiment républicain appelle encore au désengagement de l'Etat. Obama a beaucoup entrepris: sauver le monde, sortir de la crise, changer le système économique américain. Le risque pour lui, c'est de s'aliéner la droite avec des mesures gauchistes. Or les échéances électorales approchent et s'il va trop vite, il peut perdre sa majorité au Sénat.
L'orientation des États-Unis et de l'Europe face à la crise diffère... pourquoi?
L'euro est très stable grâce aux stabilisateurs automatiques mais la BCE ne bénéficie pas du soutien politique dont bénéficie la Fed, qui peut ainsi réellement piloter l'économie. Sur la régulation du système financier, Obama et l'Europe se rapprochent. Mais les Républicains et beaucoup d'Américains ne voient pas les choses de la même façon. Même les Démocrates ne sont pas tous en faveur de davantage de régulation. Des dispositifs comme Sarbanes Oxley sont très controversés. Contrairement à ce que l'on croit, le secteur financier est très régulé. Les subprimes n'étaient pas régulées du fait de leur nouveauté.
Comment se porte l'investissement américain en France?
Quelques grandes entreprises américaines ont reçu des directives très claires: couper les coûts, économiser. Certaines grandes usines ont des problèmes; certaines vont peut-être fermer. Mais la crise est aussi une opportunité pour racheter des entreprises à bas prix. Contre toute attente, l'investissement américain continue à croître en France. Il se pourrait même que 2009 dépasse 2008.
Les États-Unis ont massivement injecté de l'argent dans l'économie. Cela va-t-il porter ses fruits?
L'administration Obama injecte 9,8 mille milliards de dollars dans l'économie. Le déficit budgétaire n'a pas besoin d'être limité à 3% aux Etats-Unis. Comme l'économie marchait très bien au cours des années Clinton, le niveau d'endettement avait diminué. Auparavant, il y a eu des crises au Mexique, en Asie du Sud-Est, en Russie. Là, la crise a touché le coeur du système financier et s'est propagée. Mais l'instinct des entrepreneurs est de sortir de cette crise. La plupart des entreprises traversent actuellement une crise de confiance. Je pense que tout peut redémarrer d'ici à un an. Il faut pour cela rétablir la confiance dans le système financier. On peut avoir confiance car de grandes classes moyennes émergent en Inde, en Chine, en Russie. Elles sont éduquées, ont des compétences et ce sont des classes entrepreneuriales.