«Je suis en désaccord total avec le monde de l'éducation qui considère aujourd'hui encore que l'apprentissage est une formation au rabais.» Autodidacte, Jean-Paul Legendre a pris il y a près de 40 ans la tête de la petite entreprise artisanale de son père pour en faire un groupe de construction de plus de 1.000 salariés qu'il dirige, depuis Rennes, avec son fils.
«Je n'ai jamais rien appris à l'école»
«Je n'ai jamais rien appris à l'école, que j'ai quittée à 14ans, sauf à compter. Et cela fait 43 ans que j'apprends au contact du monde de l'entreprise», clame-t-il avec fierté. Son constat aujourd'hui: «si nous n'avons aucun mal à trouver des jeunes avec des BTS ou DUT très bien formés, nous avons les plus grandes difficultés à recruter des ouvriers et des apprentis. Depuis 2008, la crise aidant, nous trouvons des jeunes en pleine galère qui sont obligés de faire un virage à 180° après des études de psycho ou d'histoire de l'art. Un vrai gâchis!» Et de livrer son analyse.
Problème de reconnaissance sociale
«Depuis la fin des années 50, nos élites ont systématiquement dévalorisé le travail manuel. On a voulu amener 80% des gens au bac alors que seuls 30% des emplois nécessitent des études longues. Résultat: on forme des centaines de milliers de diplômés incapables de trouver du travail dans leur spécialité.» «Notre système a atteint depuis longtemps ses limites, alors que d'autres pays comme l'Allemagne ont prouvé que l'apprentissage offrait la meilleure formation», poursuit-il. Pour Jean-Paul Legendre, la difficulté à recruter dans les métiers manuels n'est liée ni aux salaires ni aux conditions de travail «mais à sa reconnaissance dans sa société. Quel garçon de 18 ans a envie de dire à sa petite copine qu'il est apprenti maçon?»
Politique de recrutement la plus large possible
Le bouillant chef d'entreprise reconnaît toutefois qu'au cours de ces dernières années, «il y a eu énormément de travail fait dans le domaine des lycées techniques et des centres de formation des apprentis. Mais cela ne représente qu'un tiers de nos recrutements.» Le groupe Legendre a depuis longtemps une politique de recrutement la plus large possible pour ses métiers de base «du moment que les gens ont envie de travailler». Sa méthode: une formation de son personnel par le biais de la Formation générale professionnelle (FGP Bâtiment), à raison de deux jours par semaine pendant huit à dix semaines.
Grosses réserves sur les intentions gouvernementales
Quant aux réflexions gouvernementales en faveur d'une orientation plus précoce des jeunes vers l'alternance et l'apprentissage - qui sonnerait le glas du sacro-saint collège unique - Jean-Paul Legendre émet de sérieuses réserves. «Tout cela relève encore des discours politiques: cela part d'une très bonne idée mais comme d'habitude, elle est pratiquement impossible à mettre en oeuvre. Embaucher des jeunes de moins de 18 ans, c'est se créer potentiellement une source de problèmes avec l'Inspection du travail!»
Autodidacte revendiqué, Jean-Paul Legendre est à la tête d'un groupe de 1.000 salariés qui réalise 210M€de chiffre d'affaires.
En désaccord avec le monde de l'éducation, il estime que l'apprentissage peut être aussi une voie royale.