La sénatrice du bas-rhinoise Les Républicains Fabienne Keller dénonce « un "rafistolage" à court terme qui vise à sauver les apparences mais qui ne constitue en rien une réelle stratégie industrielle et ferroviaire ». Cette commande « totalement inadaptée aux besoins des voyageurs et de la SNCF » est selon elle « une décision improvisée qui peut même s’avérer contre-productive », notamment pour le site Alstom de Reichshoffen, qui fabrique les trains régionaux. « En somme, l'État déshabille le site de Reichshoffen pour habiller celui de Belfort », estime-t-elle.
Depuis plusieurs mois, la sénatrice dénonce une position de l’Etat qui contribue à fragiliser Alstom Transport. En cause : l’annonce en février par le secrétaire d’Etat aux Transports, Alain Vidalies, que le renouvellement des trains Corail vieillissants se réaliserait désormais via un appel d’offres et non via l’extension des contrats-cadres déjà conclus avec Alstom, pour « se prémunir d’un éventuel risque de recours juridique ».
Une solution fragile
Fabienne Keller craint que ce changement de mode opératoire ne fragilise Alstom Transport et son site de Reichshoffen – qui emploie plus de 900 personnes – en particulier: « Soit Alstom Transport remporte l'appel d'offres et doit alors faire face à un "creux de charge" de plusieurs mois car la procédure d'appel d'offre est longue à se concrétiser. Soit elle ne le remporte pas et dans ce cas son avenir est très incertain », s’inquiète-t-elle. Rappelons que le marché d’Alstom en France est fragile car il dépend principalement des commandes de l'État et de la SNCF, qui se sont réduites ces dernières années pour des raisons budgétaires.
D’autre part, le gouvernement a confirmé début février sa volonté d’investir 1,5 milliard d'euros d'ici à 2025 pour renouveler le parc complet des trains Corail, dont 30 rames qui seraient achetées à Alstom dans le cadre des contrats-cadres passés avec SNCF Mobilités pour un déploiement à partir de 2018. « Une commande qui ne s’est toujours pas concrétisée pour le moment », rappelle la sénatrice.
En compagnie de neuf autres parlementaires, la sénatrice a déjà alerté le président de la République et le Premier ministre sur ces différents points, via deux courriers et une rencontre « avec les proches conseillers de François Hollande».