Objectif : 2018 ou 2019. Pour ses 80 ans d'existence, la station de l'Alpe d'Huez, située dans le massif de l'Oisans, lance un programme de montée en gamme, faisant appel à la fois à des financements privés et publics. Après la mise en place d'un nouveau plan local d'urbanisme (PLU) en janvier 2016, l'Alpe d'Huez souhaite passer de 10.000 à 15.000 lits commerciaux, « un élément logique et nécessaire pour le développement des remontées mécaniques », estime Jean-Yves Noyrey, maire de l'Alpe d'Huez qui entend faire de sa station de montagne l'un des plus grands domaines skiables d'Europe, avec près de 800 kilomètres de pistes et 2.200 mètres de dénivelés à l'horizon 2025. Pour cela, il fallait cependant répondre à une problématique : « Comme la plupart des stations de cet âge, nous n'avions plus qu'un tiers de lits chauds. Chacun d'entre eux représentant des retombées de 1500? pour les remontées mécaniques », rappelle François Badjily, directeur de l'office du tourisme. Pour accueillir la clientèle internationale, qui représente 52 % de son public, l'Alpe d'Huez souhaite donc construire de nouveaux hôtels et résidences de tourisme. Le projet table sur la réalisation d'au moins deux hôtels 5 étoiles et de deux résidences 4 à 5 étoiles. « Cela n'est possible qu'à partir du moment où l'on possède déjà des 4 étoiles afin que l'offre soit cohérente », rappelle François Badjily.
Premières livraisons en 2018
Alpe d'Huez mise sur la délivrance des premiers permis de construire d'ici la fin de l'année, pour des livraisons qui devraient s'échelonner entre l'hiver 2018 et 2019. « Nous avons déjà choisi un promoteur, Vinci, pour deux hôtels et deux résidences de tourisme. D'ici la fin de l'année, on connaîtra les noms des autres investisseurs et gestionnaires », affirme le maire. « On ne voulait pas reproduire le modèle des quinze dernières années, avec les programmes de défiscalisation qui deviennent au bout de dix ans des lits froids », glisse François Badjily, qui précise que la commune s'engage ainsi à libérer du foncier et à favoriser la création de parkings souterrains. « On négocie aussi avec les investisseurs pour que les offres en matière de spa s'élargissent pour accueillir les clients extérieurs ». Ce plan s'accompagnera de la rénovation de bâtiments existants, avec l'agrandissement prévu du Club Med. « 5M? seront aussi pris en charge par la commune d'ici la fin du mandat pour les espaces verts et les routes », complète M. Noyrey.
355 millions d'euros de travaux
Parmi les 355? de travaux annoncés, 200M? seront investis directement par le secteur privé pour la création de lits touristiques, tandis que 20M? concerneront les parkings souterrains. Le domaine skiable bénéficiera d'une enveloppe de 100M?, elle aussi privée, à travers deux projets phares notamment : la création d'une liaison câblée entre l'Alpe d'Huez et les 2 Alpes (60M?), ainsi que la construction d'une télécabine urbaine reliant le coeur de la station au domaine skiable afin de limiter l'utilisation des voitures (30M?). Dans la nouvelle Délégation de Service Public pour l'exploitation du domaine skiable -qui doit être attribuée en juillet prochain-, le futur délégataire devra d'ailleurs s'engager à réaliser 60 % des travaux d'ici 2021. Parmi les investissements prévus pour le domaine skiable, figure également l'achat d'un modèle de télémixte du groupe Poma, permettant de réduire l'ombre de pylônes avec le démontage de deux téléskis et un télésiège. « Ce plan sera financé à travers la vente de foncier et l'augmentation du CA des remontées mécaniques, qui devrait passer de 37M? aujourd'hui à 45M? d'ici 5 ans », annonce François Badjily. Le projet de liaison câblée avec les Deux Alpes devrait aussi générer une hausse du chiffre d'affaires sur la vente de forfaits. Environ 400 emplois sont projetés à terme, principalement dans l'hôtellerie et les commerces. Avec un budget de fonctionnement de 28M? par an, l'Alpe d'Huez investit en moyenne 5M? par an dans ses remontées mécaniques, qui sont gérées par une Société d'économie mixte (SEM). « On pourrait comparer notre vision à celle de Val d'Isère, qui a elle aussi entrepris des réflexions par rapport à l'esthétique, aux stationnements il y a déjà 5 ans », observe Jean-Yves Noyrey.
Marie Lyan
Tourisme. Le plan d'investissement prévoit 4.600 nouveaux lits commerciaux, tout en développant l'offre des remontées mécaniques, des infrastructures et des parkings souterrains.