Alors qu'elle fête ses 30 ans cet automne, la Scop Alma, qui a toujours défendu les valeurs de ce statut, va désormais devoir relever un nouveau défi: celui du passage de relais à la direction. L'assemblée générale de la société spécialisée en informatique vient en effet d'accueillir Laurence Ruffin, 31 ans, comme nouvelle directrice générale. «Alma est une entreprise extraordinaire qui bouge, s'enthousiasme-t-elle. Elle s'internationalise, elle a racheté des entreprises, elle lance de nouveaux produits, elle innove... Bref, elle fait preuve d'une dynamique peu commune!»
Rachats successifs
En effet, depuis sa création en 1979 par quatre chercheurs en mathématiques appliquées de l'Université de Grenoble (IMAG), la Scop s'est diversifiée à plusieurs reprises en créant des départements assez autonomes, appelés ?Scopettes ?. Au départ positionnée sur le développement de logiciels d'optimisation, Alma se spécialise au début des années 1980 dans le pilotage des machines de découpes à commande numérique. En rachetant Aleph technologies en 1996, elle étend son activité à la programmation des robots pour le soudage à l'arc et la découpe 3D et renforce encore son positionnement avec le rachat de Sapex en 2002.
Internationalisation
Aujourd'hui, elle s'impose comme un éditeur de poids des logiciels CFAO pour la tôlerie, la découpe et la robotique. C'est une activité de niche qui passe par le développement à l'international, soit en ouvrant des filiales, comme récemment au Brésil et en Chine, soit en s'appuyant sur un réseau de distribution dans plusieurs pays comme le Canada, la Corée, l'Inde, le Japon, la Pologne... «Nous allons continuer à nous renforcer à l'international, assure la directrice générale. Et nous travaillons aussi à des solutions d'optimisation pour adapter nos logiciels à d'autres secteurs porteurs, comme l'énergie par exemple. Un gros travail de réflexion et de R & D est en cours à ce sujet.» Le deuxième métier d'Alma s'est un peu essoufflé au fil des années puisqu'il s'agit de la distribution micro-informatique. Un tournant qui a été pris au début des années 1980 en pariant sur le succès d'Apple. Si la Scop a connu un fort essor dans ce secteur dans les années1980 et1990, face à la concentration du secteur et au tassement des marges bénéficiaires, ce département a pris le virage des services informatiques au début des années 2000. L'ingénierie réseau et communication et l'infogérance (gestion de parc informatique, maintenance, délégation de personnel...) sont aujourd'hui devenues les piliers du département Systèmes et réseaux d'Alma.
Intranet et groupware en expansion
Accueillant de nombreux ingénieurs informatiques à l'affût des dernières innovations, Alma a presque naturellement pris le train de l'internet en 1995. Département plus proche d'une SSII traditionnelle, il intervient dans le conseil et la maîtrise d'ouvrage, le développement d'applications spécifiques, l'hébergement... Et propose également une activité d'édition de logiciels pour intranet. «C'est une branche à consolider, estime la directrice générale. Bien sûr, il y a le lancement de nouveaux logiciels et services, mais on peut aussi s'étendre géographiquement puisqu'aujourd'hui, ce département est principalement actif sur Rhône-Alpes et le grand Sud avec une implantation à Montpellier.» La ?Scopette? ?intranet et groupware? devrait donc se développer à l'échelle nationale.
De nouvelles ?Scopettes??
Et si aujourd'hui Alma créait encore de nouvelles ?Scopettes ?? C'est bien possible. «L'innovation a toujours une grande place en interne, explique Laurence Ruffin. Les salariés restent créatifs et se sentent vraiment impliqués. Rien n'empêche donc qu'un nouveau département voit le jour dans les mois à venir.» Néanmoins, Alma est également touchée par la crise et a accusé une perte de 10% sur l'exercice qu'elle vient de boucler par rapport à l'exercice précédent. Ceci dit, pour l'instant, aucun licenciement n'est à l'ordre du jour. «On préfère essayer de trouver de nouveaux projets pour rebondir. Des chantiers sont entamés pour réfléchir à notre stratégie d'innovation. C'est l'avantage d'une Scop, on dispose de réserves nécessaires pour penser à des projets sur le long terme.»
À 31 ans, Laurence Ruffin vient d'être élue au poste de directrice générale d'Alma. Un coup de jeune pour la Scop spécialisée en informatique qui fête ses 30 ans cet automne. Défendant les valeurs de la coopérative, elle allie autonomie des salariés avec innovation et expansion nationale et internationale. Un cocktail original qui lui réussit bien.
Vanessa Genin