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Alexandre Saubot (UIMM) : « La simplification, nous, on ne la voit pas ! »
Loire # Politique économique

Alexandre Saubot (UIMM) : « La simplification, nous, on ne la voit pas ! »

Alexandre Saubot, le nouveau patron de l'UIMM, croit en une réindustrialisation de la France. À condition que le gouvernement assène un triple choc : un choc réglementaire, un choc fiscal et un choc de confiance.



Est-ce que la France peut redevenir une grande puissance industrielle ?

Ah oui ! Il y a en France des talents, de la créativité, bref toute une matière qui est complètement bridée par un ensemble de règles de fiscalité et de droit social. En libérant les énergies, en assouplissant un certain nombre de règles, il est clair qu'on peut redonner à nos entreprises un environnement beaucoup plus favorable à la prise de risque, à la création de richesses et donc à la réindustrialisation. Mon leitmotiv est de remettre le social au service de la compétitivité des entreprises, compétitivité qui est la seule condition de leur développement. On a trop eu tendance à se cacher derrière quelques secteurs porteurs, par exemple, l'aéronautique. La France est une terre d'excellence dans ce domaine, c'est vrai. Mais il y a beaucoup d'autres savoir-faire qui sont en érosion. Il faut inverser la courbe de la désindustrialisation du pays. C'est un terme un peu connoté mais qui reflète parfaitement ma pensée.




Comment avez-vous vécu l'épisode des négociations sur le dialogue social et leur échec ?

Cela a été une expérience passionnante qui m'a permis de rencontrer beaucoup de gens oeuvrant au bien collectif. Chacun avec son prisme et son approche certes, mais j'ai vu beaucoup de gens passionnés. Après, c'est vrai que cela n'a pas abouti. Au vu de l'état de la France, nous nous étions fixés comme objectif avec le Medef de faire une vraie réforme du dialogue social. Nous souffrons trop de ces réformes non abouties, de réformettes mises en place simplement pour pouvoir dire qu'on a réussi à signer. Nous avions un programme ambitieux défendant la compétitivité des entreprises mais aussi le progrès social car on ne développe un pays que si on s'appuie sur ces deux piliers. Mais dans la dernière ligne droite, nous avons bien vu que les inquiétudes et les corporatismes n'ont pas permis à certains de faire le dernier pas de cet accord ambitieux. À partir de là, j'ai considéré que l'accord n'était pas à la hauteur des objectifs que nous nous étions fixés et qu'il fallait savoir arrêter la négociation. Désormais, je suis toujours de très près le dossier et je poursuis mon travail d'influence.




Quel est votre regard sur les dernières mesures votées ?

Le pacte de responsabilité est clairement la manifestation de la prise de conscience que le coeur du développement est la compétitivité des entreprises, c'est-à-dire leur capacité à dégager suffisamment de profits pour financer l'investissement, la R & D et donc la croissance. Le pacte de responsabilité va dans ce sens. Mais si on est lucide, il s'agit simplement de rendre aux entreprises les 40 milliards d'euros qui leur ont été pris entre 2011 et 2013. Donc, c'est juste revenir au point où nous en étions en 2011. Or, il ne me semble pas qu'en 2011, nous étions dans une situation totalement euphorique où l'industrie française était dans une position enviable. Donc ça ne suffit pas, c'est simplement une première étape qui portera ses fruits, dans l'industrie, en 2016 et 2017.




Que faudrait-il de plus ?

Il faut maintenant monter une marche supplémentaire. Fiscale bien sûr mais aussi réglementaire. Le robinet à faire de la norme supplémentaire n'est pas du tout fermé. Chez Haulotte, nous avons fait le calcul : entre 2012, annonce du choc de simplification, et 2014, le nombre de règles à appliquer a augmenté de 10 %... Donc la simplification, nous, dans les entreprises, nous ne la voyons pas ! La réponse de la France à la crise mondiale a été un déluge de taxe et de normes. Alors qu'ailleurs, on a fait des réformes structurelles...




Si vous aviez le pouvoir de faire appliquer une mesure d'ici à la fin de l'année, ce serait quoi ?

Un choc réglementaire avec un moratoire sur la production de nouvelles normes. Il est vrai que si vous prenez chaque norme, une par une, elles ont une explication rationnelle mais elles ne s'articulent pas bien et on finit avec une usine à gaz réglementaire dans laquelle les chefs d'entreprise ont du mal à être sûrs qu'ils respectent la loi. Je ne sais pas comment faire comprendre à nos gouvernants que l'argent et l'énergie utilisés à payer des gens pour surveiller les évolutions législatives, c'est autant de ressources qui ne sont pas utilisées pour aller conquérir de nouveaux clients ou développer de nouveaux produits. Si nous étions capables de mettre autant d'argent dans la prise de risque et la conquête de clients que dans la gestion et l'anticipation des risques réglementaires, à l'évidence, les entreprises industrielles françaises se porteraient beaucoup mieux. C'est bien ça l'enjeu !




Le premier ministre a fait des annonces dans le cadre de la discussion de la loi Rebsamen pour simplifier le dispositif pénibilité, qu'en pensez-vous ?
Malgré les améliorations apportées le compte pénibilitéreste une vraie menace pour la compétitivité des entreprises industrielles et une vraie bombe à retardement pour notre système de retraite. Avec l'approche collective des référentiels, nous prenons le risque d'élargir sensiblement le nombre de salariés concernés et cela coûtera plus cher à la collectivité. Dans un atelier industriel, les salariés sont polyvalents, bougent, changent de poste. Nous souhaitons une refonte complète du dispositif pour trouver des solutions ciblées et adaptées à la réalité des entreprises industrielles. L'UIMM est prête à y travailler.

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