Natif de Bourgoin, Yvon Gattaz, 86 ans, ne cachait pas son plaisir de venir prêcher la parole de l'entrepreneuriat en ses terres. Le président fondateur de l'Association jeunesse et entreprises (AJE), créateur de Radiall et ex-président du CNPF, entre autres, était en effet accueilli par le centre de recherche Lafarge à Saint-Quentin-Fallavier, pour une rencontre avec des lycéens, avec le témoignage de chefs d'entreprise locaux.
Qu'est-ce qui vous motive?
Jemilite pour le rapprochement des plaques tectoniques que sont les jeunes et les entreprises. Ma petite mission est ce rapprochement, très lent mais irréversible, de deux continents pas encore soudés. Les entreprises ont intérêt à investir dans les jeunes. C'est une rentabilité différée, peu quantifiable, mais indéniable. C'est toujours rentable à terme.
L'AJE s'appuie sur trois piliers: information, formation et intégration. Pourquoi?
Le but final, c'est l'emploi, l'emploi, l'emploi, dans une chaîne de solidarité intergénérationnelle. La multiplication des emplois passe par la multiplication des employeurs.Nous organisons des réunions sur la création d'entreprise auprès des jeunes, qui manifestent beaucoup d'enthousiasme. Mais ça ne s'enseigne pas! Il faut leur parler d'"impetus", de tonus, de goût de créer. Il faut transmettre par la vertu de l'exemplarité: citer pour susciter.
Qui sont les créateurs d'entreprise?
Je relève deux catégories: ceux qui posent beaucoup de questions, ceux-là, on ne les prend pas, et ceux qui ont les yeux qui brillent! Il ne faut pas pousser ceux qui ne sont pas doués pour. Les qualités d'un entrepreneur sont variées. Il faut le goût du travail, de la ténacité, de l'enthousiasme, de l'imagination créatrice, ce qui est très rare. Il faut aussi du charisme: si on n'en dégage pas, on ne peut pas être patron! Et il faut du bon sens, c'est indispensable! La réussite scolaire n'exige que quatre qualités (compréhension, analyse, synthèse et mémoire) qui sont insuffisantes pour la création d'entreprise.
Quel est le secret pour démarrer une entreprise?
Il n'y en a qu'un: trouver la lampe d'Aladin! Il faut LE projet porteur, LE produit, LE marché, LE créneau, L'innovation. Ces créneaux sont infinis et même plus nombreux aujourd'hui avec la révolution numérique. Et plus le créneau est farfelu, plus il a de chance de réussir! Mais il faut le chercher... Et à force de le chercher, on le trouve, comme pour la cueillette des champignons!
Quel est l'âge idéal de la création?
«Le plus tôt possible! La création est liée au goût du risque, goût qui culmine à 20 ans puis descend avec l'âge. L'expérience est freinante. La première marche de cette descente, ce sont les études trop longues. La deuxième, une belle situation. La troisième, la famille. Puis vient l'arthrose! Et vous savez, la prise de risque, c'est comme la conduite de nuit: vos phares éclairent à 50mètres, il vous faut 100mètres pour vous arrêter, vous avez 50 mètres de risque.
Quelle a été votre recette?
La recette Gattaz? 10% de finances et 10% de compétences et de diplômes, ça suffit! 40% de vaillance et 40% d'inconscience, de goût du risque. Il faut savoir déchirer ses diplômes, même s'ils ne sont pas inutiles, plus tard, pour permettre une gestion améliorée et donc la croissance. Quant à la gestion financière, elle relève d'une extrême prudence: le malheur est dans le prêt... Mais la création d'entreprise est une action des plus passionnantes. Il faut absolument garder sa naïveté créatrice face au scepticisme de bon ton. Il est indispensable d'espérer pour créer.
L'Association jeunesse et entreprises veut susciter l'esprit d'entreprisechez les étudiants. Rencontre avec son président fondateur, Yvon Gattaz.