«Le Grand Paris va bien au-delà des limites de l'Ile-de-France!» En disant cela, le président de la République donne le ton de ce que seront les axes de développement de la Capitale dans les vingt ou trente années qui viennent. Des propos qui font écho aux dix projets présentés dans le cadre de l'exposition Grand Pari (s) qui se tient à la Cité de l'Architecture jusqu'au 22novembre prochain, et dont l'un d'entre eux, celui porté par l'architecte Antoine Grumbach, reprend l'idée de Napoléon Bonaparte qui évoquait en 1802: «Paris, Rouen, LeHavre, une seule et même ville dont la Seine est la grande rue»! Invité à l'initiative de la Fédération régionale des travaux publics à présenter son projet Seine Métropole le 13mai dernier à Rouen, Antoine Grumbach a d'emblée évoqué des horizons lointains, «2040!», pour justifier peut-être l'ambition de certaines de ses propositions qui selon lui n'ont pas pour vocation «de remettre en cause les projets existants». «Il faut se projeter sur quelque chose que nous ne verrons pas!»
La grande échelle En évoquant «LeHavre à une heure de Paris», l'architecte touche un point sensible: «il faut réfléchir à grande échelle; l'espace se mesure en temps, et les temps de déplacement fabriquent des territoires nouveaux», explique Antoine Grumbach. Et la grande échelle pour Paris, c'est l'ouverture sur la façade Atlantique à travers le port duHavre. «Une grande métropole sans port ne peut pas être une métropole mondiale», lorsque l'on sait que 85% des échanges mondiaux transitent justement par la voie maritime. Le port Normand devient donc de facto «un atout majeur pour Paris». L'idée n'est pas nouvelle, et Jacques Attali, notamment, l'a défendu en son temps. Mais Antoine Grumbach y introduit une dose de réalisme: «finies les grandes utopies! Nous ne sommes pas des doux rêveurs. Nous sommes une génération de professionnels qui partent du réel pour fonder une utopie concrète!» D'ailleurs, son projet tout entier tourne autour de l'idée que «le déjà là est la matrice de la ville de demain». Et quand il évoque LeHavre à une heure de Paris, Nicolas Sarkozy reprend la balle au bond en s'engageant même fermement sur le sujet comme il l'a fait lors de son discours du 29avril dernier. Pour donner vie à un territoire et «tresser les mobilités», Antoine Grumbach se fixe une règle d'or: «jamais plus d'une heure de transport!» Dans son projet Seine Métropole il évoque pêle-mêle une grande gare TGV à la Défense «et une réorganisation totale du système ferroviaire sur la rive gauche» qui pourrait s'illustrer par la nécessité d'une grande gare au Nord de l'agglomération rouennaise. Prudent, l'architecte répète à l'envie qu'il ne s'agit que «de réflexions, pas d'aboutissements». Mais à n'en pas douter, tout cela fera débat dans la région. Si les Havrais, Antoine Rufenacht en tête, savourent l'idée d'être associés au développement du Grand Paris, Rouen, peu ou pas citée dans le projet d'Antoine Grumbach, doit trouver sa place dans cet ensemble en gestation. Les maires des trois communes concernées se sont d'ailleurs rencontrés, hasard du calendrier (?), le 29avril dernier, pour évoquer de futures collaborations et ont promis de se revoir à l'automne pour faire un premier bilan.
Une meilleure coordination des ports
Une chose est sûre, la Seine devra jouer un rôle dans le développement futur de la Capitale. L'architecte imagine «une cité linéaire multipolaire» qui tienne compte de la nécessaire «alternance ville-nature» qu'offre déjà aujourd'hui ce territoire. «La stratégie consiste à respecter les identités locales», affirme Antoine Grumbach qui se défend de vouloir étendre Paris jusqu'à la mer. Des paroles rassurantes à l'adresse de Normands à qui l'on reproche parfois de tourner (trop) délibérément le dos à la région parisienne. Il insiste au contraire sur la nécessité «de fonder le sentiment d'appartenance», imaginant par exemple une Exposition Universelle du XXIesiècle qui s'inscrirait le long des courbes de la Seine. Mais au-delà des résistances et des interrogations, il pose la question essentielle de l'avenir d'une région qui «sans développement économique serait condamnée!» Du côté de l'État, la machine semble prête à s'enclencher et Christian Blanc, le secrétaire d'État au Grand Paris évoque la nécessite de «faire un choix stratégique que nous dicte la géographie». Le secrétaire d'État en charge des Transports Dominique Bussereau a déjà demandé «une meilleure coordination» des ports de Paris, Rouen et LeHavre, annonçant même la mise sur pied d'un conseil de coordination interportuaire avant la fin du mois de mai. Du côté du ministère, on affirme également que RFF (Réseau Ferré de France) a été sollicité pour des études préalables sur la future ligne à grande vitesse (LGV) entre Paris et LeHavre pour laquelle l'État attend «des propositions audacieuses». Au-delà du projet de «LGV», Antoine Grumbach avance d'autres propositions originales qui consisteraient à faire de l'autoroute A13 «un vecteur de mobilité multimodale», véritable grande avenue de l'ensemble Seine Métropole qui pourrait accueillir à terme un réseau de transports en commun type tramway connecté à différents «hubs». Antoine Grumbach l'a rappelé, l'originalité de la démarche initiée par le président de la République consiste à avoir imaginé les projets avant la mise en place d'une nouvelle gouvernance. Prochaine étape, la reformulation d'un projet collectif, sorte de synthèse des dix projets présentés en avril dernier.
La reflexion prospective menée par dix équipes d'architectes sur l'avenir du Grand Paris suscite de nombreuses réactions dans la région. Avec son projet Seine Métropole, Antoine Grumbach veut faire duHavre le grand port de la capitale. Une proposition reprise par le président de la République Nicolas Sarkozy lors de son discours du 29 avril dernier qui s'est engagé dans le même temps «à mettre leHavre à une heure de Paris».
Dossier réalisé par Guillaume Ducable et Sébastien Colle