Agroalimentaire : «Miser sur la marque»
# Conjoncture

Agroalimentaire : «Miser sur la marque»



Michel Houdebin




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«Ce qui caractérise l'agroalimentaire breton, et en très grande partie morbihannaise, c'est cette connexion entre le monde agricole et le monde agroalimentaire. Pratiquement 80% de nos matières premières dépendent de l'agriculture. Si jamais le monde agricole venait à chanceler demain, il est clair que l'agroalimentaire viendrait à vaciller. Or c'est le premier secteur industriel en Bretagne: un tiers des emplois, près de 500 sites de production dont un quart dans le Morbihan, pour qui c'est la première activité industrielle. Et de loin. La problématique du futur est celle-là: est-ce que demain l'agroalimentaire va rester connecté à l'agriculture bretonne ? Le premier problème de la nutrition en France aujourd'hui, c'est l'obésité. Manger moins, c'est branché. Du coup, on vend de moins en moins de matière, et on vend par contre de plus en plus de services et d'intelligence dans le produit. La mutation de l'agroalimentaire passe par l'innovation, l'intelligence et moins de matière.»


Thierry Kerjouan:

«L'agroalimentaire a connu et connaît régulièrement des crises. Elle est capable de les surmonter, de les assumer. La crise de 2008 - 2009 n'est pas plus importante que d'autres crises: il y a eu la grippe aviaire, la vache folle, la crise du secteur porcin aussi. Ces dernières années, l'agroalimentaire s'est énormément restructuré. Que ce soit dans le milieu coopératif ou dans les grandes entreprises. Rationalisation des outils de production, intégration de l'aval. L'agriculture bretonne est très intégrée à l'agroalimentaire. Ce qui crée des solidarités, qui, je pense, aident à surmonter les crises. L'agroalimentaire est prépondérant dans nos économies: c'est trois à quatre emplois sur dix dans le Morbihan. S'ajoutent à cela: les transporteurs, l'électronique, l'emballage... L'agroalimentaire entraîne l'essentiel de l'économie bretonne et morbihannaise. La consommation a baissé en 2008 - 2009 car je constate que les chiffres d'affaires de l'agroalimentaire ont baissé. Rapidement, on s'aperçoit que les transporteurs transportent moins de denrées, évidemment. Mais il y a des projets de restructuration (rationalisation des outils), et de recherche et développement, afin de valoriser les productions brutes qui sont produites en Bretagne.»


Michel Houdebine:

«Il y a un autre investissement qui est stratégique, que nous n'avons pas effectué et qui nous pénalise aujourd'hui: c'est l'investissement immatériel dans les marques. Dans la puissance de la marque. C'est ce qui fait en grande partie la valeur de l'industrie agroalimentaire aujourd'hui. Or la Bretagne, si elle a beaucoup investi dans ses outils de production matériels, dans ses usines, dans ses outils de transformation, a très peu investi dans la marque. La marque c'est l'élément clé quand vous voulez communiquer avec le consommateur. Pour construire une usine, il faut un an, pour construire une marque, il faut dix ans. Et il faut investir tous les ans, ça ne se voit pas tout de suite. Avant de s'appeler Coca-Cola, il y a du boulot à faire.»

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